Le parti, par sa proximité avec le monde de l’enseignement, se retrouve visé par les critiques. Ses élus le ressentent, vivent cela difficilement, et témoignent d’un profond malaise. Tous veulent « en finir » avec cette séquence.
Majorité contre opposition, le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a définitivement validé, dans la nuit de vendredi et après un débat-marathon de 14 heures, les mesures d’économie prévues dans l’enseignement par le gouvernement MR-Engagés.
« Ce n’est pas notre ministre qui est à l’Enseignement obligatoire, et pourtant, c’est sur nous que se concentre le courroux des enseignants », résume un parlementaire Engagé. Plus que son partenaire de majorité, le parti turquoise est secoué par les événements actuels et la colère qui secoue le monde de l’enseignement suite à l’adoption du deuxième décret-programme. Tant en interne qu’en externe, le malaise est palpable au sein du mouvement présidé par Yvan Verougstraete. Lors de l’incident au dernier conseil d’administration de la RTBF, le président des Engagés n’avait d’ailleurs pas masqué son découragement face à la nécessité de gérer une autre crise « alors que des dossiers bien plus importants sont sur la table et que les enseignants sont dans la rue », avait-il dit à plusieurs parlementaires Engagés.
Le décret-programme a été approuvé peu après 4h du matin par les députés de la majorité MR-Engagés. L’ensemble de l’opposition a voté contre. La députée Mathilde Vandorpe, jusqu’il y a peu encore cheffe de groupe des Engagés, s’est abstenue pour exprimer son opposition aux mesures décidées. « Il est de votre rôle de reprendre un vrai dialogue pour ne plus jamais revivre ce qui vient de se passer », a-t-elle osé à l’adresse du gouvernement. « Rien ne justifie le manque de respect et le mépris », a-t-elle conclu sous les applaudissements de l’opposition.
« Il est certain que c’est une séquence difficile. L’enseignement nous est chevillé au corps et c’est un pilier essentiel de notre société. Mais notre volonté est justement de préserver un enseignement de qualité aujourd’hui et demain », affirme le président des Engagés. Pris à partie physiquement par des manifestants, le Bruxellois a regretté que son parti soit « victime de caricatures ». « C’est une réforme difficile, certes, mais avec zéro perte d’emploi. On a mis beaucoup de balises », ajoute-t-il, visiblement chamboulé par cette journée de mobilisation.
Des regrets, surtout sur la méthode
Alors, pourquoi les Engagés sont-ils plus ciblés ? « D’abord, parce que de 2009 à 2019, on a occupé ce poste, on a mis en œuvre le Pacte d’excellence et une grande partie de notre programme était consacrée à l’enseignement », explique un élu wallon.
Sur le fond des réformes, certains Engagés sont déjà en porte-à-faux, mais c’est surtout la manière que les députés Engagés regrettent. « Tout le monde est conscient qu’il faut prendre des mesures budgétaires, mais on aurait amené davantage de concertation », un sentiment partagé par plusieurs élus Engagés. « Cette colère contre nous est vécue douloureusement, car l’erreur fatale, celle de ne pas impliquer davantage les acteurs de l’enseignement dès le début, c’est celle du MR et de la ministre Glatigny », note un député fédéral. « Et le côté désagréable et clivant des libéraux donne l’impression qu’il s’agit de mépris envers les enseignants. Alors qu’on essaie justement d’éviter un scénario de banqueroute où l’on devra diviser par deux le nombre de profs et leur salaire », ajoute-t-il. De quoi donner le bâton à l’opposition qui, à l’instar d’Ecolo sur son compte Instagram, n’a pas hésité à prendre les députés Engagés nommément à partie, pour tenter de les faire plier.
« C’est dur personnellement »
Si Les Engagés ont finalement accepté de passer en force, c’est sous la pression de leur partenaire de majorité – ils ont cédé en obtenant la compensation de sauvetage des professeurs temporaires prioritaires –, mais aussi parce qu’il y avait une volonté forte de se débarrasser de ce dossier difficile. « On sait que la colère et la mobilisation ne vont pas s’éteindre avec le vote, mais au moins la pression ne sera plus sur les épaules des parlementaires une fois le décret voté », explique un parlementaire. « Certains élus ont vu leurs enfants être brocardés à l’école et d’autres avoir des syndicalistes devant leur porte. Ces mêmes professeurs accepteraient-ils d’avoir des parents d’élèves en colère devant chez eux après un bulletin juste mais dur ? », s’agace une source. « Franchement, c’est dur personnellement pour certains. » Le ras-le-bol face aux actions syndicales est présent et certains se montrent même surpris par l’ampleur de la colère dirigée contre eux. L’on ne peut pourtant pas dire que la grogne est récente.
A présent, une fois le décret-programme voté, c’est une opération « reconquête » des enseignants que vont devoir entamer les Engagés d’ici les élections de 2029, eux qui avaient largement profité du départ des enseignants, notamment de chez Ecolo, aux dernières élections. « On ne veut pas reconquérir des voix, mais on veut être jugé sur ce qu’on a vraiment fait et pas sur les caricatures », nuance Yvan Verougstraete. Raison pour laquelle le parti a préparé un document de 36 pages expliquant toutes les mesures prises et leur justification, et qui sera diffusé largement dans les prochains jours.

