Horaire des profs : pourquoi existe-t-il de telles différences entre niveaux ? – Le Soir

Alors que la Fédération Wallonie-Bruxelles veut augmenter la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur, le débat sur le temps de travail des profs refait surface. Mais derrière les polémiques récurrentes et les comparaisons caricaturales, une réalité demeure : les heures prestées « face classe » varient fortement selon les niveaux d’enseignement, au gré d’arbitrages historiques.

Ah, le temps de travail des enseignants… C’est souvent « le » sujet de discussion des réunions de famille. Il y a pourtant dans le débat une réalité rarement objectivée : la variation de la charge de travail en lien avec le niveau d’enseignement. Une réalité placée sous les projecteurs depuis que le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles veut augmenter la charge horaire dans le secondaire supérieur. Explications.

1 Quelle est la situation actuelle ?

Le grand public l’ignore souvent, mais la charge de travail « face classe » varie considérablement selon le niveau d’enseignement. Un professeur de pratique professionnelle doit prester 28 périodes de 50 minutes alors que ce sont 26 périodes pour ses collègues de maternelle, 24 pour les instituteurs primaires, 22 pour les enseignants du secondaire inférieur et 20 pour ceux du secondaire supérieur. Pour ces derniers, dès la rentrée prochaine – si le projet de décret est validé, ce qui ne fait guère de doute –, la charge horaire sera alignée sur celle de leurs collègues de l’inférieur, soit deux heures de plus. « C’est 10 % de travail supplémentaire sans compensation salariale », soulignent les syndicats, vent debout contre cette réforme.

2 Quelle était la situation dans le passé ?

La charge « face classe » actuelle est historiquement basse, mais d’autres missions ont été ajoutées aux enseignants. Jusqu’en 1998, par exemple, les profs de maternelle et de primaire devaient prester 28 périodes par semaine. « On est passé à 26 pour les premiers et à 24 pour les seconds avec l’organisation de deux heures de psychomotricité pour les petits et de quatre heures de religion et d’éducation physique en primaire », rappelle Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement. Dans le même temps, la charge horaire des enseignants de secondaire devient flottante : entre 22 et 24 périodes dans le secondaire inférieur et 20-22 dans le supérieur. Dans le jargon, on parle de « plage ».

Autre date clé à retenir : le Pacte pour un enseignement d’excellence de décembre 2016. A cette occasion, il a été convenu trois choses. D’abord, l’horaire d’un prof de pratique professionnelle est réduit de 30 à 28 périodes. Ensuite, la notion de « plage » est supprimée dans le secondaire pour aligner le « face classe » sur la valeur minimum (22 et 20) tout en imposant aux enseignants deux heures de travail collaboratif par semaine. Enfin, des heures supplémentaires pourront être effectuées au-delà de ces seuils, mais elles devront être rémunérées pleinement. A l’époque, le coût de cette réduction de la charge horaire – une victoire syndicale dans ce grand « pow-wow » du Pacte – avait été chiffré à une quinzaine de millions d’euros par an.

3 Qu’est-ce qui justifie ces différences persistantes entre niveaux d’enseignement ?

Il suffit de poser la question dans le petit monde de l’école pour constater qu’elle laisse d’abord les interlocuteurs perplexes. Puis la réponse se construit autour des difficultés des matières en lien avec l’âge. « On a toujours considéré qu’entre le secondaire inférieur et supérieur, il y a plus de travail de préparation et de correction, ce qui justifie cette différence de traitement », détaille Joseph Thonon, ancien président communautaire de la CGSP Enseignement. « D’ailleurs la tendance se poursuit dans les hautes écoles et à l’université, où le temps d’enseignement se réduit encore. » Il concède : « Mais il est vrai que, dans le primaire et le maternel, il y a aussi des temps de préparation et obligatoirement des heures de travail collaboratif. »

Il y a quelques mois, dans Le Soir, Marc Romainville, docteur en sciences de l’éducation et professeur émérite de l’UNamur, ne disait pas autre chose : « En général, plus on “monte” dans le système, moins les enseignants prestent d’heures “face classe”. Cela se justifie surtout par la complexité des matières enseignées, complexité qui, elle-même, en amont, a justifié une formation plus longue. Ça se discute évidemment, car on pourrait aussi considérer la complexité de gestion des plus jeunes. »

En général, plus on « monte » dans le système, moins les enseignants prestent d’heures « face classe »

Marc Romainville, Docteur en sciences de l’éducation et professeur émérite de l’UNamur

Joseph Thonon met sur la table une autre analyse : « Le nombre d’élèves entre en ligne de compte. Dans le fondamental, une classe, c’est 24 à 28 élèves sur la semaine. Dans le secondaire, pour un prof de géographie, par exemple, qui preste deux heures par semaine dans onze classes, ça lui fait de 250 à 300 élèves à connaître et à gérer. »

Ce n’est pas en soi une justification, mais on lit dans une enquête de l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques) que ces différences entre niveaux se reproduisent un peu partout dans le monde : sur une moyenne de 38 pays, le temps « face classe » s’établit à 1.012 heures de cours par an en maternelle, 769 en primaire, 701 dans le secondaire inférieur et 672 dans le secondaire supérieur. La même étude évoque, pour la seule Belgique, 646 heures « face classe » dans le secondaire inférieur et 612 dans le supérieur. Il faut toutefois interpréter ces données avec prudence, le mode de calcul pouvant varier d’un pays à l’autre.

4 Quelle est la charge horaire réelle d’un professeur ?

Aborder le temps de travail des enseignants sous le seul angle des périodes « face classe » est une erreur. Il est validé par décret que la charge de travail comporte cinq composantes : le travail en classe, le travail pour la classe, le service à l’école et aux élèves, la formation professionnelle continue et le travail collaboratif. Ce qui fait, au bout de la semaine ? En Communauté française, on n’en sait rien, aucune étude indépendante n’ayant été réalisée sur le sujet. De son côté, la Communauté flamande a objectivé les choses en confiant une étude indépendante à la VUB. Il en ressort notamment qu’au final, la charge horaire cumulée ne varie guère : 41 h 11 en moyenne annuelle (vacances comprises) dans le fondamental et 41 h 50 dans le secondaire.

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