Colère des enseignants : pas de pertes sèches d’emplois, mais des réaffectations seront inévitables, assure Elisabeth Degryse – RTBF Actus

Alors qu’un important mouvement de grève des enseignants continue de prendre de l’ampleur au sein des écoles, la ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Elisabeth Degryse (Les Engagés) – assure qu’aucune perte sèche d’emploi n’est prévue. Celle qui est aussi ministre du Budget souligne des avancées, et rejette toutes nouvelles économies.


 

« Je comprends tout à fait qu’il puisse y avoir de l’émotion, de la colère, peut-être un sentiment d’injustice« , exprimé Elisabeth Degryse (Les Engagés), ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles au micro de Thomas Gadisseux, alors que le mouvement de grève des enseignants continue de prendre de l’ampleur au sein des écoles.

Sans toutefois cacher son inquiétude en cette fin d’année, avant tout pour les élèves « en situation délicate« . Pour la ministre-présidente qui se joint à l’appel du secrétaire général de la CSC-Enseignement Roland Lahaye, il ne faut cependant pas oublier « de mettre l’élève au centre des préoccupations malgré le contexte extrêmement difficile que nous traversons« .

Mais au bout de plusieurs mois de mécontentement des enseignants, n’a-t-on pas dépassé le stade de la compréhension des émotions ? Elisabeth Degryse, également ministre du Budget à la FWB, assure que depuis octobre dernier, le temps est à la concertation.

« Les décisions que nous mettons en œuvre aujourd’hui au travers de ce qu’on appelle le décret-programme 2, ce ne sont pas des nouvelles décisions. Ce sont les décisions d’octobre 2025. Nous aurions pu déposer l’ensemble des mesures dans la foulée de notre décision en octobre, comme pour une autre partie des décisions budgétaires. Mais nous avons fait le choix de travailler en deux textes : un premier qui est passé en novembre, un deuxième qui passe maintenant, précisément pour se donner le temps de la concertation« , précise l’élue des Engagés.

« Et sur ce texte, l’ensemble des acteurs ont été concertés« , garantit la ministre-présidente. Et de spécifier que la ministre de l’Enseignement Valérie Glatigny (MR), quant à elle, rencontre les syndicats et les fédérations des pouvoirs organisateurs toutes les six semaines. Ce temps d’échange aurait, d’après elle, permis des évolutions dans le texte.

Quelles avancées justement ?


Alors que le gouvernement souligne des avancées,
une absence de concertation est pourtant dénoncée du côté des profs et syndicats. Y a-t-il donc vraiment des évolutions amenées au texte ?
Elisabeth Degryse le certifie.

À commencer par la mesure qui concerne les deux périodes de cours supplémentaires dans l’enseignement secondaire supérieur. « Nous avons mis en place ce qu’on appelle un gel des réaffectations. En gros, ça veut dire qu’il y a une année de plus pour faire tampon, pour lisser les réaffectations. Il y a des enseignants, c’est vrai, qui, dans certaines écoles, vont plus que probablement perdre certaines périodes d’enseignement, qui devront donc aller travailler dans d’autres écoles. Mais pour éviter ce changement de manière stricte et rigide du jour au lendemain, le gel des réaffectations permet de lisser sur deux années« , développe la ministre des Engagés.

Autre exemple : la gratuité scolaire. « Nous voulions basculer la gratuité en 4e, 5e, 6e directement. La demande du secteur a été de lisser sur deux ans. Nous l’avons mis en place. Nous avions des économies dans les fédérations de PO. Ils ont demandé de lisser sur deux ans, nous l’avons mis en place« , poursuit l’invitée de Matin Première.

Parmi les grandes inquiétudes du secteur, celle de la question des plages horaires est fortement entendue aux piquets de grève ces derniers jours. Alors que le secteur est en pénurie, les enseignants craignent aujourd’hui de perdre leur emploi. Comment expliquer cela ?

Elisabeth Degryse y voit là deux niveaux d’analyse. Le premier au niveau macro : « Si on augmente le nombre d’heures prestées par chaque enseignant, c’est inévitable qu’il y ait une série d’enseignants qui soient surnuméraires. Je n’ai pas dit qu’ils perdent leur emploi ou leur charge, je dis qu’ils soient surnuméraires« , explique la ministre du Budget. Par ailleurs, toujours au niveau macro, assure-t-elle, 2000 postes sont ouverts chaque année dans l’enseignement secondaire supérieur. « Donc l’un rentre dans l’autre, il ne devrait pas y avoir de perte de postes« , sauf au niveau micro, reconnaît-elle…

« C’est évident qu’il y a des écoles où un enseignant devrait perdre des heures et devrait les retrouver plus que probablement dans un autre établissement parce quon est en pénurie. Et c’est pour ça que ce gel des réaffectations est intéressant, parce qu’il va permettre de lisser cette réaffectation sur deux années« , complète la ministre-présidente.

Pas de pertes sèches d’emplois au niveau macro donc, mais des évolutions, des modifications inévitables au niveau micro.

Vers une réforme institutionnelle ?

 

Relayée sur les ondes de La Première, une question de la part des auditeurs et auditrices revient souvent : « étant donné l’absence de recettes de la FWB, ne serait-il pas judicieux de fusionner région et communauté afin d’avoir une gestion plus cohérente ? »

Pour la ministre-présidente, une réforme institutionnelle comme celle de la fusion n’est pas la solution. « D’abord parce que je pense que l’Enseignement et la Culture sont deux éléments francophones qui dépassent les frontières de nos régions bruxelloise et wallonne. Il y a une plus-value réelle à les gérer ensemble« , justifie-t-elle.

Et de se remémorer le temps, assez lointain, où elle a mis en place des réformes institutionnelles : « Ça prend énormément de temps, énormément d’argent, ça mobilise énormément de personnel et ça nous empêche de nous préoccuper de l’essentiel« , ajoute Elisabeth Degryse.

Par ailleurs, « la Fédération Wallonie-Bruxelles est la seule entité du pays qui n’a pas de pouvoir fiscal, qui ne peut donc pas générer ses propres recettes. C’est aujourd’hui un vrai problème« , reconnaît sa ministre-présidente. Pour autant, cette dernière estime qu’ »il n’y a aucun intérêt pour la Fédération Wallonie-Bruxelles à se positionner aujourd’hui comme demandeur d’une révision de la loi« .

Pas de nouvelles économies prévues

Sachant que la FWB dépend de la fiscalité des autres niveaux de pouvoir, ses finances seront-elles impactées au même titre qu’en Wallonie ou au fédéral ? Doit-on donc s’attendre un nouveau tour de vis, comme c’est annoncé un peu partout ? « Quand on s’est rendu compte en avril 2025 que les comptes de 2024 étaient bien pires que ce qui avait été prévu dans le budget 2024, on a mis en place un vrai processus de longue haleine« , explique Elisabeth Degryse.

« Nous avons fait un exercice pluriannuel avec un objectif à l’horizon 2029 qui n’est pas de ramener la Fédération à l’équilibre, mais qui est de ramener le déficit de la Fédération à 1,2 milliard. C’est déjà énorme comme déficit, mais c’est moins pire que le 1,milliard dans lequel nous sommes actuellement« , précise-t-elle encore.

Et avec cet objectif 2029 à moyen terme, la FWB est toujours sur sa trajectoire, affirme sa ministre-présidente, et ce malgré la dégradation de la notation de la situation budgétaire des institutions. « On a un cap, et les mesures que nous avons prises aujourd’hui confirment que ce cap est le bon. Malgré les évolutions de paramètres, malgré l’inflation, nous venons de faire ce que nous appelons un ajustement technique, donc c’est précisément vérifier si avec l’évolution des paramètres, notre cap reste le bon.« 

Donc concrètement, « ça veut dire pas de nouvelles économies, pas de nouvelles politiques non plus« . « On paie aujourd’hui 350 millions d’intérêts par an. On paiera en 2029, plus de 600 millions d’intérêts par an. Notre volonté, c’est de stabiliser ça pour qu’on puisse utiliser cet argent pour les politiques de la Fédération« , note Elisabeth Degryse.

Pas de changement de cap donc, mais la FWB veillera à ce que des décisions wallonnes comme des décisions fédérales n’aient pas d’impact sur sa santé.

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