Un CDI pour les jeunes enseignants : les syndicats divisés, le Segec dit non – Le Soir

La réforme du statut des enseignants débutants voulue par la ministre Glatigny provoque des réactions contrastées. Si l’objectif de stabiliser plus rapidement les jeunes dans le métier fait consensus, les acteurs de l’école se montrent prudents, voire franchement réfractaires, quant aux modalités.

Un statut unique indépendamment du réseau, un contrat stable dans la durée et un horaire à temps plein dès l’entame de la carrière. Sans mettre automatiquement fin à la nomination, du moins à ce stade. Voilà, en substance, ce que prévoit le texte dont Le Soir a pu prendre connaissance. Celui-ci dessine les contours du futur CDI destiné aux nouveaux enseignants. L’avant-projet de décret de la ministre Glatigny (MR) n’a pas encore été soumis au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais il est révolutionnaire à plusieurs égards.

Parmi les premiers à réagir, le PS a vivement critiqué la réforme, estimant que les enseignants seraient contraints d’accepter « quasiment tout et n’importe quoi de manière à remplir leur horaire, passant d’une école à l’autre avec une charge de travail encore plus fractionnée et instable qu’aujourd’hui ».

Les syndicats et les réseaux d’enseignement ont jusqu’ici été très discrets. Il faut dire qu’une fois n’est pas coutume sous cette législature MR-Engagés, le texte fait l’objet de concertations en amont des négociations officielles. Les échanges sont jugés « efficaces » par plusieurs acteurs. « Ils se rendent compte qu’ils ne disposent pas de l’expertise suffisante et qu’ils ont besoin de nous pour que la réforme fonctionne », avance Luc Toussaint, président de la CGSP Enseignement.

Stabiliser oui, mais pas « à n’importe quel prix »

Pour autant, le syndical libéral n’en pense « pas grand-chose de bon ». « Pendant plusieurs années, le secteur devra naviguer entre deux cadres juridiques et des conditions statutaires différentes », explique Muriel Vigneron de la SLFP Enseignement. Les jeunes enseignants pourront accéder au CDI, mais les plus anciens conserveront leur priorité et poursuivront leur carrière dans le cadre actuel (sauf s’ils ne sont pas nommés dans les cinq ans). « Cela risque de multiplier les contentieux. Ce texte est une véritable usine à gaz administrative. » Muriel Vigneron met également en garde contre une stabilisation des jeunes enseignants « à n’importe quel prix ». « Les distances entre écoles pourraient devenir très importantes, notamment en province de Luxembourg. Les enseignants n’auront pas la possibilité de refuser un poste pour garder leur CDI. »

La CSC Enseignement ne mâche pas ses mots face à cette révision du statut. « Au lieu de perdre son temps avec des mesures complètement idéologiques, la ministre ferait bien de parfaire ce qui existe déjà sous forme de pools de remplacement », martèle Roland Lahaye. Ce dispositif par zone géographique est composé d’enseignants engagés à temps plein pour pallier les absences de courtes et longues durées. Actuellement, ces pools existent uniquement au niveau primaire et dans certaines provinces. « Ils permettent d’atteindre l’objectif fixé par le gouvernement : la stabilisation plus rapide des enseignants débutants. Pour le reste, ce n’est pas en s’attaquant aux droits du personnel enseignant que l’on va résorber la pénurie. »

De manière plus inattendue, le syndicat de tendance socialiste se montre plutôt ouvert au projet, ou du moins à son principe. « Il faut rester prudent au vu des intentions sous-jacentes, à savoir la fin de la nomination », entame Luc Toussaint, président de la CGSP. « Néanmoins, certains éléments vont dans le bon sens, comme l’engagement pérenne des enseignants, le recrutement à une échelle plus large que celle des pouvoirs organisateurs (PO). Si le gouvernement renonce à la fin de la nomination pour cette législature, un compromis pourrait être trouvé. »

« Ligne rouge »

Le texte institue une quarantaine de « groupements de pouvoirs organisateurs » (GPO), rassemblant des écoles d’une même région, tous réseaux confondus. Ces structures coordonneraient les affectations du personnel enseignant, compléteraient les horaires pour atteindre une charge complète (26 périodes en maternelle, 24 en primaire, 22 en secondaire) et organiseraient les remplacements.

Pour le Secrétariat général de l’enseignement catholique (Segec), qui scolarise près d’un élève sur deux, c’est notamment ce point qui pose problème. « Nous avons une ligne rouge : toute atteinte à la liberté d’association et à la capacité des PO d’engager leur personnel », soutient Alexandre Lodez, patron du Segec.

« Ce texte pourrait créer les conditions d’un réseau unique. Par ailleurs, sur le plan organisationnel, de grandes structures sont moins efficaces qu’un PO de proximité. Qu’on le veuille ou non, le système actuel coûte moins cher. Est-ce vraiment le moment, alors que les écoles attendent encore des clarifications pour la prochaine rentrée, d’ajouter une nouvelle couche de complexité ? Je ne le pense pas. »

Le réseau officiel Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE), dont le nouvel administrateur général est l’ancien chef de cabinet adjoint de la ministre, dit prendre acte des mesures envisagées « dans le cadre d’une éventuelle mise en place d’un CDI dans l’enseignement ». S’il salue la volonté de stabiliser les enseignants en début de carrière et d’harmoniser les statuts, il se questionne sur la faisabilité en un délai de 17 mois. « Nous rappelons que l’enseignement officiel a des marqueurs spécifiques, notamment d’un point de vue philosophique et se base sur des valeurs fortes, dont la neutralité. » La ministre Glatigny prévoit une mise en œuvre du CDI à la rentrée 2027, lorsque sortiront les premiers enseignants formés en quatre ans.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *