Relativiser l’échec scolaire de son enfant : « Réussir sa vie et réussir dans la vie, ce sont deux choses différentes » – RTBF Actus

À travers son ouvrage, Naïm Bououchma veut avant tout démontrer qu’un bulletin ne mesure ni l’intelligence, ni la valeur, ni le potentiel d’un enfant. Pour lui, le premier constat est que l’école est en décalage total avec la réalité : « Le monde a changé. L’école, elle, est restée la même. En France et en Belgique, l’organisation même de l’école date. Les neurosciences sont là aussi pour prouver que cette école doit changer. Ce qui se passe dans le cerveau des petits élèves qui sont en train de vous écouter, on ne le connaissait pas il y a 60 ans. Aujourd’hui, on le sait. Pourtant, on continue à ne pas en tenir compte« .

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Il souligne qu’après le Covid et le confinement qui ont laissé des stigmates dans le cœur et dans l’état d’esprit des élèves, il s’agit de reconsidérer la stratégie scolaire et partir du postulat que l’école doit être un lieu de vie et d’épanouissement, une vraie source de bonheur. Les enfants passent leur scolarité avec l’objectif des épreuves certificatives en ligne de mire, comme le baccalauréat en France. « Mais à aucun moment on ne se demande sur le chemin si les enfants sont épanouis à l’école, s’ils se sentent bien, s’ils sont écoutés émotionnellement« .

L’erreur et l’échec : mieux les comprendre pour mieux les dépasser

 
Aujourd’hui, grâce aux neurosciences, l’erreur fait partie de l’apprentissage. De même, selon Naïm Bououchma, l’échec est un ajustement à accomplir et non un stigmate que l’on traîne en se culpabilisant : « J’aspire à avoir un modèle d’éducation dans lequel on valoriserait les erreurs parce que ça permettrait au moins de comprendre que l’élève a testé des choses qu’il ne sait pas« .
 

Acquérir une bonne connaissance de la langue française, être capable de comprendre ce dont on parle et ce que l’on lit, développer un esprit critique reste des incontournables, les mathématiques y compris. « Mais l’école ne garantit pas de réussir sa vie« , souligne cet ex-danseur. À la suite d’études prestigieuses et peut-être d’un métier prestigieux, « combien d’entre nous ont le sentiment de ne pas être à leur place, d’avoir une réorientation à faire ? Et combien d’entre nous font des doctorats ou ce genre de choses et ne trouvent pas de travail ?« 

Ainsi Naïm Bououchma prodigue quelques conseils aux parents :

  • Accompagner au maximum l’enfant pour qu’il puisse donner le meilleur de lui-même car « réussir sa vie et réussir dans la vie, ce sont deux choses différentes« .
  • Valoriser l’effort de l’enfant même si les notes ne sont pas encore suffisantes
  • Cesser de corréler l’estime de l’enfant et sa valeur avec les notes

 

 

Une méthodologie d’apprentissage pour les élèves

Pour une école plus en adéquation avec les réalités actuelles, les professeurs devraient revoir leur façon d’enseigner et dispenser aux élèves des ‘méta connaissances’, insiste Naïm Bououchma : « Dans un premier temps, il faut accepter de se former. Deuxièmement, il faut accepter d’investir dans la perte. Moi, le premier mois, je ne fais absolument pas cours avec mes élèves« .

Pour lui, un programme dispensé doit être compris et acquis. C’est pourquoi il est essentiel d’enseigner aux élèves des compétences telles que :

  • Comment gérer son temps ?
  • Comment répondre à une question ?
  • Comment comprendre une consigne ?
  • Comment gérer ses affaires ?
  • Comment apprendre à apprendre ?

« Je vois vraiment la différence. Des élèves plus tard témoignent que cela les a aidés dans leur vie professionnelle » assure-t-il.

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De la pédagogie à l’écoute des élèves

La réalité du terrain pour un enseignant aujourd’hui est d’être capable d’accueillir 25 voire 30 nouveaux élèves. Souvent, l’enseignant n’est pas outillé pour accueillir un tel flux de personnes, déplore Naïm Bououchma. Son amour de la pédagogie l’a conduit a exploré des façons d’enseigner plus dynamiques et créatives. Ainsi, l’enseignant agrégé d’économie-gestion organise dans ses classes des travaux de groupe durant lesquels toutes les quinze minutes, les élèves changent de rôle : manager, économiste, marketeur, journaliste. « On a le sentiment de bouger, on a le sentiment d’être acteur de son apprentissage. Cela change la donne« .

Pour lui, les jeunes n’ont pas forcément besoin de conseils ou de réponses : ils ont besoin de se sentir entendus. « Je pense que chaque cours doit débuter par ‘ça va, tu vas bien ?’ […] Je prends le temps qu’il faut, mais je m’assure qu’émotionnellement chacun de mes élèves va bien avant de commencer la séance« .

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