Depuis septembre 2016, les élèves de primaire de l’enseignement officiel suivent le cours de philosophie et citoyenneté (CPC). Dès 2017, celui-ci s’est étendu au secondaire, remplaçant alors l’une des deux heures de cours de morale ou de religion, qui devient facultative.
Aujourd’hui, comme elle l’a confié dans un entretien accordé au journal Le Soir, la ministre de l’Enseignement Valérie Glatigny (MR) envisagerait de porter le cours de CPC à deux heures pour tous les élèves. Par conséquent, les élèves n’auraient plus la possibilité d’opter pour une heure de religion ou de morale dans leur grille horaire. Ces cours deviendraient optionnels dans les écoles appartenant aux réseaux de l’enseignement officiel et libre non confessionnel.
Rien ne changerait en revanche pour les élèves de l’enseignement libre confessionnel, qui conserveraient deux heures de religion par semaine, les compétences liées à la philosophie et à la citoyenneté étant transmises de manière transversale dans les autres cours.
Jean-Marc Drieskens, président du Conseil consultatif supérieur des cours philosophiques et délégué épiscopal pour les cours de religion catholique dans le diocèse de Liège, s’inquiète de cette évolution. Ancien professeur et directeur dans un collège liégeois, il craint la disparition progressive des cours de religion dans l’enseignement officiel au profit du CPC. Selon lui, si les cours de religion ou de morale devaient être organisés sur une base volontaire en dehors des heures de cours, « ils disparaîtront à terme de l’univers scolaire de l’enseignement officiel ». Il souligne qu’il serait difficile de demander à un élève de rester après la fin des cours pour suivre un tel enseignement.
Un tel changement se heurterait également à plusieurs obstacles. Jean-Marc Drieskens évoque notamment la pénurie d’enseignants de CPC, déjà plus marquée dans certaines régions que celle des professeurs de religion. Il doute de la capacité du système à absorber un doublement des heures de CPC dans de bonnes conditions. Il s’interroge aussi sur l’adhésion des enseignants de religion à une éventuelle reconversion vers ce cours. Sur le plan financier, il souligne qu’une telle réforme engendrerait des coûts importants dans un contexte budgétaire contraint.
Au-delà des aspects organisationnels, il alerte sur les conséquences sociétales d’une disparition des cours de religion. Selon lui, le cours de philosophie et citoyenneté ne permet pas d’aborder les questions religieuses avec la même profondeur. Il estime que cela pourrait ouvrir la voie à des formes d’intégrisme, les jeunes risquant de se tourner vers les réseaux sociaux pour trouver des réponses, dans des espaces peu encadrés.
Cela étant, ce projet ne devrait pas aboutir dans l’immédiat. Il rappelle que cette idée avait déjà été avancée puis abandonnée en 2023 par Caroline Désir (PS). Par ailleurs, le passage du CPC à deux heures n’est pas mentionné dans la Déclaration de politique communautaire (DPC), notamment en raison de la position des Engagés, traditionnellement attachés aux cours confessionnels.
Enfin, le projet se heurte à l’article 24 de la Constitution, qui impose d’offrir le choix entre un cours de religion ou de morale. Toutefois, en maintenant cette possibilité en dehors de la grille horaire, la ministre pourrait respecter formellement cette obligation tout en modifiant profondément son application.

