Vers une limitation à 2 ans du congé mi-temps thérapeutique en septembre : « Et maintenant, je fais quoi Mme Glatigny ? », s’inquiète Marie, prof en primaire – L’Avenir

Comme Marie, de nombreux enseignants qui bénéficient actuellement d’un congé mi-temps thérapeutique sont très inquiets. La ministre de l’Education, Valérie Glatigny (MR), veut limiter la durée de ce congé à 2 ans, dès la rentrée scolaire 2026-2027.

Mercredi dernier, Marie, institutrice primaire dans la région de Namur, a pris sa plus belle plume pour faire part de ses craintes à la ministre de l’Éducation Valérie Glatigny (MR).

Âgée de 31 ans, Marie exerce son métier avec passion malgré de graves problèmes de santé qui la minent depuis près de vingt ans. Elle souffre d’hypoglycémies répétées et sévères ainsi que de symptômes semblables à ceux d’une tumeur pancréatique, sans que les médecins puissent mettre un nom précis sur sa maladie.

De 2017 à 2024, elle a travaillé à temps plein, s’investissant dans un projet pédagogique de grande ampleur, épaulée par une enseignante rémunérée par l’Aviq et par Looping, son chien d’assistance, qui anticipe ses hypoglycémies sévères. En 2024, son corps lâche. Ayant épuisé son quota de congés maladie, elle n’a d’autre choix que de passer à un mi-temps thérapeutique en septembre, avec le soutien de sa direction et de son pouvoir organisateur, ce qui lui permet de bénéficier d’une vie décente et d’être pleinement présente pour ses élèves.

Cet équilibre fragile pourrait être menacé par une mesure dont elle a pris connaissance via une publication sponsorisée sur Facebook. À la prochaine rentrée scolaire, le mi-temps thérapeutique sera limité à deux ans. « Je ne vais pas miraculeusement guérir dans deux ans. Et maintenant, je fais quoi ? », interroge-t-elle. « Reprendre à temps plein pourrait littéralement me tuer. Arrêter d’enseigner et vivre aux dépens de la société ? Travailler à mi-temps ? Sans compensation financière, je ne pourrai pas survivre. »

La limitation à deux ans ne s’appliquera pas aux personnes atteintes d’une affection reconnue comme grave et de longue durée. Mais Marie s’inquiète : « Que se passe-t-il lorsque les médecins sont incapables de poser un diagnostic précis ? », malgré une reconnaissance du SPF Handicap.

Depuis la publication de sa lettre sur Facebook, elle a reçu une dizaine de témoignages d’enseignants partageant ses craintes. Certains ont été victimes d’un cancer, d’un burn-out, d’un AVC ou ont subi de lourdes opérations, mais ont pu reprendre progressivement le travail grâce au mi-temps thérapeutique.

« Mon sentiment est qu’on nous jette parce qu’on n’est pas assez performants, alors que dans l’enseignement maternel et primaire, on investit énormément de notre poche et de notre temps. À mes débuts, j’ai dû acheter du mobilier, des jeux… Les personnes avec qui j’ai échangé veulent toutes travailler », confie-t-elle, le cœur lourd.

Du côté des organisations syndicales, on rappelle que le mi-temps thérapeutique — officiellement appelé « congé pour prestations réduites à des fins thérapeutiques » — constitue un outil d’accompagnement permettant une reprise progressive du travail en fonction des capacités réelles de la personne.

Pour Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC Enseignement, la limitation de ce dispositif constitue « une double peine » : « Non seulement on réduit la période permettant à l’enseignant de reprendre le travail à un rythme adapté à son état de santé, mais on diminue aussi le traitement, avec 60 % du salaire brut pour la partie non prestée au lieu de 80 %. »

Selon lui, de nombreux enseignants sont incapables de travailler à temps plein mais aptes à travailler à mi-temps. « Notre crainte est que ces enseignants basculent en incapacité totale ou quittent la profession. Ce dispositif a permis à certains de revenir plus rapidement dans le métier », souligne-t-il.

Le cabinet de la ministre précise que, dès la rentrée 2026-2027, les compteurs seront remis à zéro pour une nouvelle période de deux ans. Toutefois, certaines situations d’ancienneté limiteront la durée effective du dispositif.

L’introduction de cette limitation vise à favoriser un retour à temps plein après une longue absence pour maladie, pour autant que l’état de santé le permette. Elle permettrait également d’économiser plus de 19 millions d’euros à l’horizon 2029. En 2025, 2 889 membres du personnel bénéficiaient d’un mi-temps thérapeutique, soit 1 376 équivalents temps plein.

Les cas de maladies graves et de longue durée pourront être exemptés de cette limitation, selon des critères définis au niveau fédéral par le Medex. La mesure s’appliquera également au personnel non enseignant ainsi qu’aux CPMS. L’avant-projet de loi devrait être approuvé fin mai.

 

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