Colère dans les secteurs de la FWB : « On est sur un malaise qui s’installe dans les murs de l’école », selon Imane Kenfaoui, directrice d’école à Bruxelles – RTBF Actus

Le bras de fer entre les enseignants et le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) se poursuit. Ce jeudi 9 avril 2026, les profs manifestent à l’appel des syndicats pour protester contre plusieurs mesures décidées par le gouvernement. Combien de temps ce bras de fer va-t-il continuer ? La rentrée prochaine va-t-elle être compliquée ? Imane Kenfaoui, directrice de l’Institut Maris Stella à Laeken, était l’invitée de Benjamin Verpoorten dans Matin Première.

Les syndicats ont appelé les travailleurs des différents secteurs gérés par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) à manifester ce 9 avril 2026. Objectif : dénoncer des mesures d’économies voulues par la FWB, notamment dans l’enseignement.

« Vous constatez que le chiffre a augmenté. Et ce chiffre renvoie à un malaise qui maintenant s’installe. On n’est pas sur un mouvement de grogne ponctuel. On est sur un malaise qui s’installe dans les murs de l’école« , ajoute l’ancienne enseignante et assistante pédagogique.

En décembre 2025, des actions avaient déjà été menées afin de protester contre les coupes budgétaires qui concernent le secteur de l’enseignement.

Aujourd’hui, on est dans une logique totalement descendante

 

Mais ce bras de fer pourrait-il se poursuivre longtemps ?

Imane Kenfaoui de répondre : « Cela fait 20 ans que je suis dans l’enseignement. Des réformes il y en a eu, et c’est normal, c’est le jeu politique. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que l’on constate qu’il y a un changement de logique. Jusqu’à présent, les réformes étaient coconstruites, et non pas codécidées. Il y avait une consultation et une concertation préalable. Aujourd’hui, on est dans une logique totalement descendante. Le politique décide, on applique, et on découvre sur le terrain les difficultés de mise en place des réformes« .

Pour voir la situation se débloquer, pour la directrice de l’Institut Maris Stella à Laeken, il faut mettre fin à une « logique d’opposition où il n’y a pas de réelle écoute préalable« .

« On crée tout simplement un désordre supplémentaire »

Dès la rentrée prochaine, les enseignants du cycle secondaire supérieur devront passer deux heures de plus en classe par semaine. Les syndicats craignent des pertes d’emploi.

Une crainte que partage Imane Kenfaoui : « C’est simple. C’est mécanique. A partir du moment où vous augmentez la charge horaire des enseignants en place, de facto, vous diminuez la charge des enseignants qui sont temporaires ».

« Des enseignants vont se retrouver aussi avec des charges horaires incomplètes, ballottés entre différentes écoles, parce qu’il y a des règles qu’il faut appliquer pour remettre ces enseignants au travail dans d’autres établissements. Et donc, là où on est censé stabiliser les enseignants, on crée tout simplement un désordre supplémentaire« , ajoute la directrice.

« Un enseignant, on ne le garde pas avec un contrat »

Autre mesure qui mobilise les syndicats : la fin annoncée des nominations et la mise en place d’un « CDI-E », c’est-à-dire un contrat à durée indéterminé destiné aux nouveaux enseignants.

Pour Imane Kenfaoui, cette mesure n’est ni bonne, ni mauvaise : « L’argument du politique aujourd’hui, c’est de dire que la précarité de l’emploi amène à l’abandon. Quand vous regardez les études dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce n’est pas ça qui stabilise. Un enseignant, on ne le garde pas avec un contrat. Un enseignant débutant, un novice, on le garde avec un accompagnement ».

Et la directrice de l’Institut Maris Stella à Laeken d’ajouter : « Fondamentalement, les enseignants, quand je les reçois, ils sont contents d’avoir un temps plein, ils sont contents d’avoir une charge pendant une année. Mais je peux vous assurer aussi qu’un enseignant qui se rend compte du décalage entre la réalité et ce qu’il a appris lors des études supérieures, il abandonne. Clairement, ce qui est en jeu, c’est l’accompagnement de ces enseignants et non pas la stabilisation ».

Ces nouveaux contrats CDI-E sont attendus pour 2027. Ce que déplore Imane Kenfaoui qui devra « annoncer à des enseignants que je ne vais pas les reprendre. Et pourtant, ce sont certainement des très bons éléments que j’aurais souhaité garder, mais que je ne vais pas pouvoir garder ».

La réforme du CEB

Un autre changement concerne le CEB, l’épreuve certificative externe organisée en fin de 6e primaire. Désormais le seuil de réussite de cette épreuve est d’au moins 50% dans chacune des matières évaluées et de 60% pour la moyenne globale. En cas d’échec au CEB, l’élève pourra passer vers la première secondaire avec un programme d’aide. La première année d’enseignement différencié dans le secondaire (année qui était destinée jusqu’ici aux élèves ayant raté leur CEB), est supprimée. Le redoublement restera une exception.

Un changement qui inquiète Imane Kenfaoui : « Je ne suis pas sûre que tous les parents sont conscients de l’enjeu. Cela va créer un déséquilibre. A partir de la rentrée prochaine, nous allons avoir des classes de première, 24-25 élèves, où vous allez trouver des élèves qui ont performé au CEB, et donc qui ont réussi très bien le CEB, mais à côté aussi, vous allez trouver des enfants qui ont raté le CEB, une partie du CEB, des épreuves du CEB ou tout le CEB« .

Un mot : perplexité

En conclusion, Imane Kenfaoui tient toutefois à rassurer les parents : « D’un point de vue pédagogique, je suis sereine. On est prêt. On va œuvrer pour accompagner et accueillir les enfants dans les meilleures conditions« .

Mais elle tient aussi à rappeler au politique que « d’un point de vue organisationnel, je suis vraiment dans la perplexité. A quel moment a-t-on décidé de gérer une école avec une temporalité du politique ? C’est vraiment questionnant. Je le redis, on n’est pas contre le changement, on est contre cette volonté de ne pas se donner les moyens pour mener à bien un changement ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *