Selon des projections internes consultées par « Le Soir », le réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement pourrait épuiser l’ensemble de ses réserves d’ici 2030 sous l’effet des économies décidées par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
u’impliqueront les plans d’austérité envisagés par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour le monde de l’école ? Le réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) a fait l’exercice en monitorant ses recettes et dépenses à la lumière des restructurations annoncées. Le compte rendu du conseil d’administration de WBE du 26 mars 2026 en dit long sur les inquiétudes des gestionnaires. Le Soir a pu le consulter.
Historiquement, WBE était mieux financé en termes de frais de fonctionnement que les autres réseaux. En 2022, suite à un arrêt de la Cour constitutionnelle, le gouvernement a mis fin au système, tout en compensant partiellement le manque à gagner pour WBE. Le gouvernement Degryse a abrogé cette compensation. Passons les calculs complexes mais le coût pour WBE se chiffre à 800.000 euros (additionnels) par an, soit 800.000 euros en 25, 1,6 million en 26… jusqu’à atteindre 6,4 millions en 2032.
Il faut ajouter à ce montant 1 % retiré chaque année par le gouvernement actuel pour rééquilibrer le financement entre réseaux (1,7 million par an). Par ailleurs, une mesure unique de gel des dotations (non-indexation) entraînera une perte de 3,4 millions.
Une autre aide du gouvernement permettait à WBE de financer son personnel ouvrier. Il y est mis fin progressivement avec un impact estimé de 1,5 million en 2025 et 4,5 millions en 2026.
De son côté, la réforme du mécanisme de gratuité des fournitures (réduction des budgets et extension progressive jusqu’en 6e primaire) impactera les recettes à hauteur de 700.000 euros.
D’économies, il en est question aussi dans les bâtiments scolaires où des réductions de compensations aboutiraient « à une ponction de 15 millions par an sur les dotations des établissements de WBE ».
Rupture de trésorerie
L’enseignement officiel a simulé l’impact de ces données nouvelles dans un modèle mis au point par le consultant Deloitte en injectant différents paramètres (inflation, évolution des coûts du personnel…).
Verdict ? Pas fameux. « Considérant les déficits accumulés durant la période de simulation, la totalité des réserves existantes dans les établissements serait entièrement consommée à l’horizon 2030, préfigurant dès après cette période une situation de rupture de trésorerie », lit-on dans le rapport du conseil de WBE du 26 mars. A l’horizon 2032, les administrateurs pointent un « solde global des établissements présentant un déficit annuel de 56,7 millions d’euros » tandis que 88 % des établissements présenteront une situation déficitaire.
Tout ceci à politique inchangée. Raison pour laquelle un scénario alternatif théorique permet de réduire considérablement le déficit… mais au prix d’une hausse espérée des élèves de 8 % (alors qu’on est en dénatalité) et de réels sacrifices : réduction de 8 % de la masse du personnel ouvrier temporaire et définitif, des coûts de l’énergie et des m2 occupés.
Dans ce scénario tout à fait théorique, le déficit global annuel en 2032 passerait de -56,7 à -21,8 millions d’euros. En conséquence, « le nombre d’établissements en déficit serait estimé à 73 % ». Et les administrateurs de prévenir : « Ce scénario théorique reste dès lors nettement insuffisant et met en évidence la nécessité de rechercher d’autres mesures de gestion. »
Le cas des chargés de missions
Dans une autre synthèse du conseil d’administration de WBE datée, e, du 24 mars dernier, il est fait état des conséquences de la réforme du financement des chargés de mission (des enseignants mis à disposition des réseaux pour des missions d’accompagnement pédagogique). Le décret programme prévoit de supprimer les chargés de mission qui étaient accordés gratuitement et de compenser partiellement la perte par l’octroi d’une enveloppe forfaitaire qui correspond à 70 % d’un coût estimé des emplois. Tous les réseaux sont concernés. Pour WBE, des calculs internes font état de la suppression de 40 à 45 équivalents temps plein, soit 16 à 17 % des effectifs actuels.
Pour mémoire, ce vendredi, l’opposition au parlement a déposé des amendements sur ce sujet précis, entraînant un nouveau report du vote du décret programmant toutes ces mesures.

