« L’administration a le culot d’annoncer que si mon école veut continuer à organiser les repas chauds gratuits, je peux continuer à le faire ! » – Le Soir

La lettre ouverte d’un directeur d’école aux ministres Valérie Glatigny et Elisabeth Degryse, ainsi qu’aux parlementaires MR et Engagés.

Carte blanche – Par Pierre Laurens, directeur de l’école Saint-Antoine (Forest)

Madame Glatigny, Madame Degryse,
Chers mandataires politiques MR -Engagés,

Depuis ce matin, je suis en colère suite à vos décisions prises à l’aide de tableaux Excel ! L’information concernant les indices socio-économiques et les subsides que chaque école va recevoir viennent d’être communiqués aux écoles. Même si je m’attendais à une réduction des subsides annoncés, l’information que j’ai reçue est choquante et catastrophique.

Les dernières années, mon école, en indice socio-économique 2 sur 20, recevait un subside d’un peu plus de 50.000€ pour le soutien encadrement différencié ainsi que 200.000€ pour offrir des repas gratuits aux 370 élèves de l’école. Les chiffres arrivés ce matin sont les suivants, je vais devoir me débrouiller avec 88.000€. On passe donc de 250.000€ de subsides à 88.000€, soit une diminution de 65 %. Ceci s’ajoute à la très forte réduction des subsides gratuité qui passe de 24000€ pour 370 élèves à 8300€ soit une réduction de 66 %. Cerise sur le gâteau, les subsides de fonctionnement ne seront pas indexés alors que les coûts de fonctionnement, eux, augmentent.

Dans le mail de l’annonce, l’administration a le culot d’annoncer que si mon école veut continuer à organiser les repas chauds gratuits, je peux continuer à le faire !

En sachant que le budget encadrement différencié doit être utilisé à hauteur de minimum 25 % pour de l’engagement de personnel, il me reste 66.000€ pour offrir des repas chauds gratuits si je respecte strictement cette règle. Les dernières années, l’entièreté du budget servait à de l’engagement de personnel. Cet engagement permettait aux enseignantes de maternelle d’avoir une aide en classe via des puéricultrices et d’autres types de soutien. Donc, si je veux garder le cadre du personnel de mon école identique, il me reste 33.000€ (je dois déduire l’indexation des frais de personnel) pour offrir des repas chauds gratuits à mes élèves. Cela fait 0,5€ par repas. En gros, il me reste de quoi acheter un œuf et demi par enfant… faut-il encore que je les cuisine !

J’ai beau tourner les chiffres dans tous les sens, hormis la fin des repas ou l’offrir uniquement à mes élèves d’accueil, je ne vois pas comment je vais faire.

Depuis vos bureaux avec vos tableaux Excel, ce n’est pas vous qui allez devoir affronter la colère du personnel (si on supprime les repas chauds, on ne va plus avoir besoin de personne pour la vaisselle, la distribution des repas…), des parents, des enseignants et des enfants. Ce n’est pas vous qui allez devoir leur expliquer que le gouvernement fédéral a été capable de trouver 35 milliards pour des avions de chasse mais que la FWB n’a pas été capable de trouver 12 millions pour continuer à nourrir les enfants des familles en difficulté. Et que dois-je leur répondre à ces gens en colère quand ils vont apprendre que vous avez décidé d’augmenter de 4 à 12 % les top managers de l’administration ?

Les repas chauds gratuits avaient permis de passer d’un taux de présence en maternelle de 60 % à 95 % ! Cela avait aussi permis à certains enfants d’avoir un vrai repas sur le temps de midi qui était leur premier repas de la journée ! Sans parler de l’aspect sain de ce repas offert : fini les frites froides de la veille dans la boîte à tartine ou le pitch produit blanc acheté chez un hard discount comme seul repas de la journée.

Cela a eu comme impact que les résultats scolaires de nos élèves étaient en hausse ces dernières années. Des enfants qui arrivent plus jeunes à l’école et y restent plus longtemps ; des enfants qui peuvent se pencher sur leur travail au lieu de se dire qu’ils ont faim… cela a eu un effet bénéfique sur les apprentissages et sur les résultats.

Depuis votre arrivée au pouvoir, vous avez largement communiqué que la FWB est structurellement en déficit et que cette situation ne peut pas perdurer. Dont acte. Il faut faire des économies et mon école est prête à participer à l’effort commun. On doit tout de même se poser la question si les économies à réaliser doivent avoir un tel impact (moins 65 % de subsides d’encadrement différencié/repas chaud et moins de 66 % de subsides gratuité par élève) sur des établissements scolaires dont l’indice socioéconomique est aussi bas. Est-ce que les économies visées doivent impacter autant les milieux les plus défavorisés ? Tout cela est balayé d’un revers de la main par vos décisions arbitraires sans concertation avec le terrain. Qui vous a pourtant interpellé plus d’une fois sur le sujet. Je termine en signalant que ce ne sont ni les enseignants et ni les enfants sur le terrain, qui ont fait les choix qui ont amené ces déficits.

Madame Glatigny, Madame Degryse, je prends bonne note qu’il est plus important d’augmenter des top managers que de nourrir des enfants dont les familles n’ont pas les moyens ! Et cela me met en colère !

 

 

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