A deux semaines du début des examens, le mouvement de grève dans l’enseignement bouleverse l’organisation de la fin d’année. Les examens externes comme le CE1D ou le CESS devraient être maintenus mais certains établissements adaptent ou suppriment leurs évaluations internes.
Pour certains élèves, les examens de juin n’auront finalement pas lieu. Pour d’autres, ils seront allégés ou réservés aux matières en échec. Et puis, il y a celles et ceux pour qui la décision n’est pas encore arrêtée. A un mois de la fin de l’année scolaire, et à deux semaines des examens, les directions doivent trancher dans l’urgence : comment évaluer les élèves dans un contexte où une partie des apprentissages n’a pas pu être assurée normalement ?
Depuis le 18 mai, le mouvement de grève contre les économies prévues dans l’enseignement perturbe fortement le fonctionnement de nombreuses écoles. Alors que le vote du décret-programme est toujours attendu au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et que les syndicats ont prolongé leur préavis jusqu’au 10 juillet (lire par ailleurs), les écoles tentent de mettre en place des aménagements pour préserver les chances de réussite des élèves, tout en composant avec un conflit social dont personne ne voit encore l’issue.
Trois scénarios se dessinent
Dans les écoles secondaires de la Ville de Liège, où la mobilisation est particulièrement suivie, beaucoup de familles sont désormais fixées. A l’exception des épreuves externes (CEB, le CE1D, CESS) et des examens de qualification, les évaluations internes seront supprimés. Sont concernés l’Athénée Léonie Waha, l’Athénée Maurice Destenay, l’Ecole d’Hôtellerie, l’Institut Pitteurs et l’Ecole Léon Mignon. Les décisions de réussite ou d’échec seront prises par les conseils de classe sur la base du travail réalisé durant l’année et des évaluations continues. L’échevine de l’Enseignement, Julie Fernandez Fernandez (PS) qui siège au conseil communal avec le MR et Les Engagés, a également annoncé que les activités d’apprentissage ne reprendraient pas, même si la grève devait prendre fin.
La suppression des examens ne se limite pas aux établissements de la Ville de Liège. L’Institut Notre-Dame Heusy à Verviers, le Centre scolaire Saint-Benoît Saint-Servais ou encore le Collège Saint-Barthélemy suivent également cette voie. « Un grand nombre d’écoles liégeoises et verviétoises ont décidé d’annuler les examens dans leur forme traditionnelle », affirme Ugo Ceccato, directeur à Saint-Barthélemy. « Chez nous, une assemblée générale doit encore se tenir, mais nous nous dirigeons vers cette solution. Pour les élèves en difficulté, une rencontre sera organisée avec les parents avant le conseil de classe. Nous avons déjà fonctionné de cette manière pendant le covid et il y a eu très peu d’échecs. » Le directeur rappelle que les élèves sont évalués tout au long de l’année. « Il est vrai que certains arrivent à se rattraper lors des examens. Ce sera le travail du conseil de classe de les identifier. »
Et puis, il y a les écoles qui ne proposent déjà plus d’examens en fin d’année, comme au Lycée Intégral Roger Lallemand à Saint-Gilles. « Nos critères de réussite n’ont pas changé, puisque nous travaillons en évaluation continue », explique son directeur, Tanguy Pinxteren. « A la différence ici que les cours ne se donnent pratiquement plus. Seuls les élèves qui doivent passer leur CEB, leur CE1D ou leur CESS sont obligés de venir deux jours par semaine à l’école. Nous essayons surtout d’accompagner celles et ceux qui risqueraient de décrocher. »
A l’inverse, d’autres établissements, où les perturbations sont limitées, ont décidé de conserver les examens. C’est particulièrement le cas dans les provinces de Namur, du Hainaut et du Brabant wallon. « Dans mon établissement, les cours ne sont pas perturbés et les examens devraient se donner », indique Alain Koeune, directeur du collège Notre-Dame à Dinant. « Cela ne veut pas dire que la colère est moins forte. »
Entre l’annulation totale et le maintien complet des examens, un troisième modèle émerge : celui d’une session réservée aux élèves en difficulté. « A Bruxelles, j’entends davantage parler d’un allègement que d’une suppression des examens », constate Samuel De Wulf, directeur de Don Bosco à Woluwe-Saint-Pierre. « Nous maintenons notamment les évaluations certificatives des cours techniques et prévoyons des dispositifs de rattrapage pour les élèves en difficulté. » Même logique à l’Athénée royal de Jambes et au Collège Episcopal du Sartay. « Depuis l’année scolaire 2023-2024, nous n’avons plus qu’une session en fin d’année et nous n’avons plus de seconde session », détaille la directrice, Christine Vohs. « A la fin de chaque semestre, les élèves en échec pour leur travail journalier dans un cours ont la possibilité d’actualiser leur cote en passant une épreuve appelée “actualisation”. » Cette dernière option s’appliquera cette année pour les examens. « Dans cette période largement perturbée, nous avons choisi, en concertation avec les membres du personnel, de maintenir ces actualisations afin de donner à chaque élève la possibilité de sortir de sa situation d’échec. »
Ces épreuves étant soumises à la liberté des pouvoirs organisateurs, des assemblées générales doivent encore se tenir ce début de semaine pour décider de la suite. A la Ville de Bruxelles, une analyse de la situation est en cours. « La plupart des écoles cherchent avant tout à ne pas mettre les élèves en difficulté », résume Murielle Vanoirbeck, enseignante à l’Institut Marie-Thérèse à Liège et déléguée syndicale.
Les examens externes certificatifs devraient eux avoir lieu dans toutes les écoles. « Ne pas les organiser reviendrait à se mettre en difficultés sur le plan légal », souligne Franck Lambotte, enseignant au Collège Saint-Barthélemy et délégué syndicale pour la CSC Enseignement. Interrogée au parlement la semaine dernière, la ministre de l’Education, Valérie Glatigny (MR), a confirmé leur maintien. « Les épreuves certificatives externes – le CEB, le CE1D et le CESS – font l’objet d’un décret. Il est donc obligatoire de les organiser », a-t-elle rappelé. Si faire grève est un droit, la libérale a tenu à préciser que ne pas faire grève en était un également. « Il y a aussi des élèves et des enseignants qui continuent de rester mobilisés autour des apprentissages et de la qualité de ceux-ci. »
Une colère qui ne retombe pas
Le maintien des examens fait toutefois débat dans les établissements les plus touchés. « Dans mon école, trois cours sur quatre ne se donnent plus », témoigne Samuel De Wulf. « Les élèves sont inquiets, nous essayons de les prévenir des jours où les cours se donnent. Il faut s’adapter quotidiennement à la situation. »
Pour Ugo Ceccato, les épreuves externes auraient également dû être suspendues. « Est-ce qu’on ferait passer un permis à quelqu’un qui n’a pas eu ses dernières heures d’auto-école ? », interroge-t-il. « Les cours ne reprendront pas avant le vote. Et même dans ce cas, il ne resterait qu’une quinzaine de jours. On ne peut pas demander à des enseignants épuisés de préparer des examens dans de telles conditions. » Le directeur redoute les conséquences du vote attendu dans les prochains jours. « Je crains que ce ne soit vécu comme une provocation. Il y a des enseignants qui pleurent devant l’école parce qu’ils vont perdre leurs heures. Les directions ne savent même pas comment préparer la rentrée. Je n’ai jamais vu ça. »
Au-delà du décret-programme, c’est une manière de faire de la politique qui est remise en cause. « Il y a beaucoup de mépris », poursuit Ugo Ceccato. « Sans véritable remise en question, la mobilisation pourrait repartir dès la rentrée. »

