Chaos dans les écoles avec la prolongation du préavis de grève, les examens de fin d‘année en péril : « Pour un élève qui se sent nul, il vaut mieux un 2/10 que pas d’évaluation du tout ! » – Sud Info

Le célèbre psychopédagogue supplie les enseignants de ne pas suspendre les évaluations de fin d’année. « Pour un élève qui se sent nul, il vaut mieux un 2/10 que pas d’évaluation du tout ! »

Dans moins d’un mois, ce sont les examens de fin d’année dans l’enseignement. Mais le climat social dans le secondaire reste torride. Les directeurs d’école manifestent, des profs en grève dressent des piquets devant les établissements, des cours ne se donnent plus, des élèves restent à la maison… Les choses semblent même s’aggraver puisque les syndicats ont prolongé leur préavis de grève jusqu’au 10 juillet !

Que va-t-il advenir des examens de juin ? Seront-ils annulés ? Reportés ? Maintenus ? S’ils sont maintenus, aura-t-on des examens light ou, au contraire, fera-t-on comme si de rien n’était, comme si toute la matière avait été vue ? Pour répondre à ces questions, il faut distinguer deux types d’examens. Les examens obligatoires imposés par décret, en 2e secondaire (CE1D) et en 6e secondaire (CESS) et les examens (évaluations) que chaque école est libre d’organiser (ou pas).

« Les rhétos devront peut-être travailler par eux-mêmes, s’ils veulent réussir leur examen d‘entrée en médecine ou ingénieur »
Bernard Hella, Directeur adjoint collège Sainte-Véronique (Liège)


Le psychopédagogue Bruno Humbeeck a banni le mot « examen » de son vocabulaire. Il préfère parler d’épreuves (CE1D et CESS) et d’évaluations de fin d‘année.

« Il ne faut surtout pas suspendre les évaluations de fin d‘année », supplie-t-il. « Car elles permettent de dresser un état des lieux hyperimportant, de voir ce que l’élève connaît ou ne connaît pas, et cela dans le but de mettre en place les médiations dont il aura besoin pour débuter l’année suivante. Je ne m’inquiète pas pour les bons élèves. Par contre, pour l’enfant qui se sent déjà perdu, il risque de perdre pied complètement. »

« L’enfant qui dit aujourd’hui ‘je suis nul en math’ », poursuit le psychopédagogue, « risque de généraliser. Or, une évaluation de fin d’année va lui permettre de se rendre compte qu’il maîtrise quand même certaines matières. Il vaut mieux un 2/10 lors d’une évaluation en juin que pas d’évaluation du tout ! »

Et si toute la matière n’a pas été vue ? « L’enseignement est une course de fond, pas un sprint ! Tout cela se résorbera avec le temps », rassure Bruno Humbeeck. « L’important, ce n’est pas le retard du groupe, mais le retard d’un élève sur le groupe ».

« Si la grève se prolonge… »

Le CE1D se déroulera du 19 au 25 juin et le CESS du 19 au 22 juin. Ces épreuves extérieures certificatives porteront sur l’ensemble de la matière.

 

« Avançons pas à pas », tente de rassurer Bernard Hella, directeur adjoint au collège Sainte-Véronique (Liège). « À ce stade, les élèves ont perdu 4 ou 5 jours de cours. Globalement, ce n’est pas trop grave. Si cette grève se prolonge jusqu’au 10 juin (date prévue pour le vote du décret suite au report, NdlR), les élèves auront alors perdu 15 jours de cours, c’est autre chose… »

« Pour le français, ça devrait aller », estime Bernard Hella. « En maths et en sciences, il se peut que toute la matière ne soit pas vue pour le CESS. Le ministère en tiendra-t-il compte pour l’évaluation finale ? Il faut lui poser la question. Les élèves qui s’orientent vers des études universitaires en médecine ou ingénieur risquent d’avoir quelques lacunes et devront certainement travailler par eux-mêmes pour préparer leur examen d’entrée, qui ne baissera pas de niveau à cause des grèves. Nos professeurs seront là pour les aider durant l’été. Comme chaque année, on proposera des après-midi de préparation aux examens d’entrée ».

Actuellement, les profs de Sainte-Véronique sont invités à ne pas entamer de nouvelles matières et à ne faire que des exercices et des révisions. « Dans le secondaire supérieur, plus aucun élève ne vient à l’école et tout se fait via notre plateforme internet, comme à l’époque du Covid », ajoute Bernard Hella. « Les profs, même en grève, jouent le jeu : ce sont des personnes responsables ! »

Va-t-on vers des diplômes 2025-2026 au rabais ? « Non ! », répond le directeur adjoint. Quid des examens non obligatoires ? « Ils seront maintenus, l’horaire a d’ailleurs été distribué aux profs, on espère une session sereine dans de bonnes conditions », répond Bernard Hella. « Les profs adapteront en fonction de la matière vue, ils ne vont pas interroger les élèves sur une matière non vue ! Mais je n’ai pas de boule de cristal. J’ignore s’il y aura un piquet de grève devant l’école le jour de l’examen… »

« On s’adaptera, comme lors du Covid »

Ingrid Lefèvre, directrice de l’institut Notre-Dame d’Arlon, tente de rassurer.

« Pour le CE1D, la plupart des enseignants ont clôturé les indispensables de la matière, les grèves n’impactent que les approfondissements. Idem pour le CESS. On n’attend pas le mois de mai pour travailler les compétences ! Lors du Covid, on a aussi dû s’adapter, sans que cela n’ait pénalisé les élèves dans leur parcours. Concernant les examens non obligatoires, nos enseignants ne parlent pas de les supprimer ».

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