Stop ou encore pour les repas gratuits dans les écoles maternelles et primaires défavorisées ? Économie oblige, la Fédération Wallonie-Bruxelles va devoir serrer la vis. À Charleroi, l’échevine de l’Enseignement plaide pour sauver ce dispositif qui profite à plus de 1.000 enfants dans les écoles communales de la Ville.
Les économies annoncées par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles mettent en danger la pérennité de la gratuité des repas dans les écoles maternelles et primaires, indique la Ligue des Familles. « Nous craignons tout simplement la disparition de ces projets… Les écoles vont-elles devoir remplacer ces repas complets par de la soupe ? Ou demander aux parents précaires de payer un prix qui rendra ces repas inaccessibles à leurs enfants ? » interroge Merlin Gevers, chargé d’étude auprès de la Ligue
Lancée en 2018, l’initiative ciblait les écoles maternelles défavorisées, avant d’être élargie, trois ans plus tard, aux écoles primaires. Une enveloppe de 21 millions est, depuis, allouée chaque année à ce dispositif. Elle profite aujourd’hui à 429 écoles précaires et un peu moins de 55.300 élèves qui jouissent là d’un repas complet, sain et gratuit. Le « hic », c’est que la FWB va devoir faire des économies. En deux mots, le mécanisme, dans sa version revue et corrigée, va non seulement réduire les moyens : il ne restera plus que 8,2 millions, Mais aussi les diluer dans près de deux fois plus d’écoles. En termes sonnants et trébuchants, le subside journalier/repas passerait en moyenne de 3,70€ à 0,43 €.
Zoom sur Charleroi, où 25 écoles maternelles communales bénéficient des repas gratuits. Soit plus de 1.000 enfants/jour. Si d’aventure les subsides dédiés à ce projet se réduisaient à peau de chagrin, la Ville, dont la santé financière est chancelante, serait-elle en mesure de jouer les prolongations ? « À ce stade, aucune décision n’est prise. Et, je ne baisse pas les bras », déclare d’emblée Julie Patte. L’échevine vient d’ailleurs d’adresser un courrier à Valérie Glatigny. Elle demande à la ministre de l’Éducation de permettre la continuité du projet dans les implantations communales carolos jusqu’en 2029. Comme initialement prévu.
« Incompréhensible et préjudiciable »
Julie Patte y voit au moins trois bonnes raisons. D’une part, une alimentation équilibrée est nécessaire au développement cognitif des élèves. D’autre part, l’initiative a trouvé son public : entre 85 et 90 % des enfants prennent désormais un repas chaud et équilibré à l’école. Parfois le seul de la journée. Enfin et surtout, l’échevine insiste sur la gabegie que signifierait l’arrêt prématuré du projet. « Cela représenterait une dépense insensée des deniers publics déjà investis tant par la Ville de Charleroi que par la Fédération Wallonie-Bruxelles. En termes de coûts d’abord. Les cuisines et réfectoires ont été mis en conformité et agrandis. Et du matériel professionnel a été acheté. Et en termes d’apprentissage aussi : des accueillantes temps libre dédiées à la réchauffe, au service et à l’encadrement des repas, ont été recrutées et formées. Au total, une septantaine d’emplois ont été créés dans le cadre de cette expérience », rappelle l’échevine. « Ce serait tout simplement incompréhensible et préjudiciable pour les enfants de ces écoles à indices socio-économiques très faibles », fustige-t-elle.
Châtelet et Farciennes réfléchissent encore
En région carolorégienne, 62 établissements scolaires sont subventionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour lutter contre la précarité alimentaire. Charleroi se taille la part du lion, mais dans d’autres communes aussi, des repas gratuits sont proposés dans les écoles du fondamental. Et, elles aussi, nourrissent des inquiétudes pour l’avenir. C’est le cas, par exemple, de Châtelet : 8 de ses 11 implantations s’inscrivent dans ce projet. En novembre, plus de 4.100 repas gratuits ont été servis. Mais avec une subvention réduite, la Ville de Châtelet sera-t-elle encore en mesure de suivre ? « Pour le moment, nous étudions encore la question. Parmi les pistes que nous explorons, celle de cibler les élèves les plus précarisés ».
Farciennes, sa voisine, fait aussi ses petits calculs. Sont ici concernées les 600 élèves de la Marelle et des trois implantations de Waloupi. En 2018, les maternelles avaient été les premières à s’engouffrer dans ce projet pilote. Les primaires de l’enseignement communal leur avaient ensuite emboîté le pas. L’an dernier, près de 23.500 repas ont ainsi été servis aux petits Farciennois. Pas sûr qu’avec un subside raboté, la Commune soit en capacité de poursuivre l’élan. « Aucune décision n’a encore été prise », nous précise-t-on. Mais pour Farciennes, l’une des communes les plus pauvres de Belgique, l’exercice sera ardu. « Pour la dernière année scolaire, inscrite au compte, nous avions reçu 108.000 euros. Aujourd’hui, en prenant en considération l’augmentation de la TVA, on devrait débourser 4€/repas pour les maternelles et 4,7€/repas pour les primaires… »

