Enseignement : quand les vocations vacillent, l’urgence s’impose – Le Soir

Malgré une légère hausse des inscriptions en 2025, la pénurie d’enseignants persiste, exacerbée par des réformes mal pensées et une dévalorisation du métier.

Un frémissement… Avec une centaine d’inscrits supplémentaires en septembre 2025 par rapport à septembre 2024, on peut croire que le métier d’enseignant dans le fondamental et le début du secondaire est en train de renaître. Il y a pourtant encore loin de la coupe aux lèvres, tant le différentiel est grand avec le volume des vocations constaté il y a une bonne décennie d’ici. Il est d’autant plus grand que ce sont désormais dans les masters en enseignement donnant accès au secondaire supérieur que les candidats manquent à l’appel par centaines. Avec cette conséquence inéluctable : la pénurie de professeurs dénoncée un peu partout n’est pas près de se résorber.

Pour ce faire il faut remonter aux sources du phénomène. Parmi lesquelles on pointera la fameuse réforme de la formation initiale des enseignements. En allongeant d’une année les études donnant accès aux classes du fondamental et du secondaire inférieur, en partageant le cursus entre hautes écoles et universités, les parents de ladite réforme avaient parié sur un sursaut qualitatif. En revanche, ils n’ont pas suffisamment mesuré le frein que cela pouvait constituer pour des jeunes qui entament souvent cette formation en second choix. Des jeunes qui se heurtent aussi à un second frein : en multipliant les sections, en modulant l’amplitude des compétences, en répartissant l’effort entre hautes écoles et universités, l’ensemble de la formation a perdu en lisibilité.

Cela étant, la désaffection des étudiants pour le master en enseignement donnant accès au secondaire supérieur est le signe que le malaise est beaucoup plus profond.

On n’apprendra à personne qu’aujourd’hui le métier est soumis à rude épreuve. Le Pacte pour un enseignement d’excellence – pour indispensable qu’il soit – n’en a pas moins perturbé l’environnement scolaire avec son train effréné de réformes. Plus que le bien-fondé de ces changements de paradigme, c’est leur rythme et la charge administrative concomitante qui ont servi de vecteur à la grogne sociale cette dernière décennie. Plus récemment, la situation financière catastrophique de la Fédération Wallonie-Bruxelles a incité le gouvernement à prendre des mesures impopulaires au cœur de son principal objet social : l’enseignement. A force d’économies dans le qualifiant, dans la gratuité, dans les subventions, dans l’accès à la retraite et, tout récemment, dans l’alourdissement de certains horaires, on induit l’idée d’une profession mal aimée, mal considérée. Une profession qui souffre déjà de l’effritement de sa reconnaissance sociale.

L’érosion des vocations commence dans l’espace public. Et politique. Sous peine de voir une jeunesse partir en déshérence, il faut accorder à ce problème le bénéfice de l’urgence.

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