« Allah est le bienvenu dans ma classe »: quand la neutralité devient naïveté – La Libre

Une classe n’est pas un forum des identités. L’école est précisément l’endroit où l’on suspend les appartenances pour fabriquer du commun.

Une opinion de Florence Pendeville et Anne Van Langenhoven, au nom du collectif Free HEF Ferrer

Parler d’islamisme déclenche toujours la même mécanique : un malaise, puis une pirouette morale. C’est ce que propose Christine Leclercq dans sa carte blanche intitulée Allah est le bienvenu dans ma classe… et tous les autres aussi (La Libre, 15 janvier 2026).

En disant « Allah n’a rien à faire dans ma classe », on signifierait à l’élève croyant qu’il n’est pas le bienvenu. Certains prônent une neutralité accueillante où chaque élève serait invité avec ses croyances. Il y a là une confusion émotionnelle entre l’enfant et l’idéologie. Car dans une classe, le problème n’est pas Allah. Le problème, c’est l’islamisme et la capacité de certains adultes de ne pas le voir.

Une institution

Une classe n’est pas un forum des identités. La neutralité en Belgique n’a jamais promis à chacun que sa religion ou son identité seraient reconnues dans chaque espace. Elle a garanti mieux : la liberté de conscience, c’est-à-dire la possibilité de croire ou de ne pas croire, sans pression. L’école est précisément l’endroit où l’on suspend les appartenances pour fabriquer du commun. L’enfant, oui, est toujours le bienvenu. Sa religion, non. Son Dieu, non. Son clergé, non. Son contrôle moral, non. La classe n’est pas un terrain de négociation entre croyances concurrentes. C’est une institution. L’argument affectif « Si je refuse Allah, je refuse l’élève » est l’un des sophismes les plus efficaces de notre époque : l’amalgame entre la critique d’un système religieux et le rejet d’une personne. C’est ainsi qu’on neutralise toute résistance : il suffit d’accuser l’adulte d’exclusion, de stigmatisation. L’enseignant n’est plus protecteur, il devient suspect. Et l’institution est presque sommée de s’excuser.

Pourtant, dire que la religion n’a rien à faire dans une classe ne signifie pas que l’élève croyant n’a rien à y faire, cela signifie « ici, on apprend, ici, on questionne, ici, aucune transcendance n’est autorité ». Ce n’est pas humiliant. C’est libérateur.

 
 
 

Dans une société apaisée, exprimer son opinion n’est pas l’imposer. Dans certaines classes, en Belgique, en 2026, ce n’est pas vrai. Car l’islamisme n’impose pas d’abord par des lois. Il impose par des normes, par le regard, par la rumeur, par l’isolement social. Il impose par des mots : haram, honte, impure, mécréant, sœur, respect. Et comme l’adolescence est l’âge du conformisme de groupe et que la pression religieuse est une pression de groupe, porter un signe religieux peut devenir un outil de domination, manger ou s’habiller autrement, parler d’égalité homme-femme, défendre la mixité peut devenir une provocation. Les élèves les plus vulnérables, souvent des filles, paient le prix de cette prétendue neutralité « accueillante ». Dissoudre la laïcité dans l’inclusion n’affranchit pas les jeunes mais les soumet au joug de la norme intégriste.

Former à la citoyenneté

L’islamisme n’est pas une conviction parmi d’autres. C’est une idéologie politique, un projet : « La loi de Dieu doit régir les hommes ». Or que fait l’école ? Elle apprend exactement l’inverse : le doute, la critique, l’autonomie.

L’école a aussi pour mission de former à la citoyenneté et d’amener l’élève à comprendre pourquoi la loi commune est supérieure, dans l’espace public, à la norme religieuse : pour éviter une mosaïque de règles communautaires concurrentes. La laïcité/neutralité n’est pas une opinion de prof. C’est une hiérarchie. Elle garantit que l’enfant n’est pas soumis au religieux, la fille au patriarcat, le savoir à la foi. La classe n’est pas soumise aux rapports de force confessionnels. On comprend alors le paradoxe : ceux qui invoquent l’inclusion protègent souvent les dominants et ceux qui défendent la laïcité protègent toujours les minoritaires et les silencieux.

Le jeune qui subit des pressions religieuses à la maison, celui qui doute, celui qui s’émancipe a besoin d’une école où les dogmes n’entrent pas. Pour être libre.

Etre laïque ou neutre, ce n’est pas « être contre ». C’est être ferme. Le monde éducatif ne manque pas de bons sentiments. Il manque de courage. La vraie neutralité n’est pas de dire « tout le monde avec son dieu ». La vraie neutralité, c’est de dire : « Ici, l’école protège la liberté de conscience ».

Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n’engagent pas la rédaction.

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