Alors que la société se sécularise, les cours de religion restent largement plébiscités à l’école. Alexandre Lodez, secrétaire général du Segec, décrypte ce paradoxe et défend une approche renouvelée du fait religieux.
Alexandre Lodez est secrétaire général du Secrétariat général de l’enseignement catholique (Segec). Il jette un regard sur l’évolution sociétale que traduisent les choix des cours philosophiques.
La prépondérance persistante des cours de religion est en rupture avec la sécularisation de la société. Pourquoi ?
C’est quoi, une société sécularisée ? Le processus de sécularisation connaît des hauts et des bas depuis des décennies. Une certitude cependant, on est passé d’une domination par l’Eglise à un stade où le poids religieux, sur un plan institutionnel, est particulièrement faible. Mais le fait religieux est-il uniquement le fait d’une institution ? Aujourd’hui, dans un contexte d’incertitude, les questions religieuses reprennent du sens chez certains.
Ça suffirait à expliquer que tous réseaux et toutes convictions confondus, en secondaire, près de huit élèves sur dix optent pour un cours de religion ?
Le besoin de contenu et de certitudes reste présent. Mais il y a aussi une explication à chercher au niveau de parents, qui pensent qu’en permettant à leurs enfants de suivre un cours de religion, ils auront des clefs de lecture sur les questions de sens. Et j’y ajoute un élément : on est passé d’une société complètement dominée par l’Eglise catholique à une société où une religion minoritaire – l’islam – prend désormais une place significative. Par ailleurs, pour parler de la place de la religion à l’école, on ne peut certainement pas affirmer que les gens choisissent le catholique pour son cours de religion – d’autant que nous accueillons beaucoup d’élèves musulmans – mais que tous ceux qui font ce choix savent qu’il y a ce cours.
Avec un risque de prosélytisme ?
Depuis quelques années, le cours de religion a subi une modernisation profonde. L’idée c’est désormais de fournir aux élèves le cadre rationnel permettant de traiter les questions relatives au religieux et de leur donner les moyens de se situer dans une perspective de construction de sens. Il nous arrive d’ailleurs de nous séparer d’enseignants qui ne rentrent pas dans ce cadre. De plus, il ne faut pas confondre le Segec avec les acteurs institutionnels comme les évêchés, les paroisses voire la faculté de théologie de l’UCLouvain. Nous avons des contacts mais ils ne décident pas pour nous. Enfin, il faut le rappeler, le Segec ne s’occupe pas de la religion dans l’enseignement officiel. C’est une question pour l’épiscopat, pas pour nous.
Notre objectif n’est pas de convaincre, n’est pas l’endoctrinement. D’ailleurs, les élèves le savent : plus on essaie de convaincre, plus on crée des distances. Le nombre d’étudiants qui ont fréquenté les écoles jésuites avant de retourner leur vision des choses en est une preuve…

