«Degryse a détruit mon avenir»: tout comprendre la colère des étudiants face à la hausse du minerval – Le Vif

Quelque 3.000 étudiants du supérieur se sont rassemblés à Bruxelles pour s’opposer à la hausse du minerval. La FEF dénonce le «dogmatisme» et la «précipitation malsaine» du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Après une série d’actions locales, les étudiants ont mis le le cap sur la capitale. Environ 3.000 d’entre eux sont rassemblés, ce mardi, devant la gare centrale à Bruxelles pour dénoncerla hausse programmée des droits d’inscriptiondans l’enseignement supérieur. La mesure, qui doit entrer en vigueur dès la rentrée prochaine normalement, impactera 58% des étudiants de l’enseignement supérieur. Selon la Fédération des étudiants francophones (FEF), ce relèvement va de ce fait considérablement réduire l’accessibilité aux études supérieures et augmenter encore un peu plus la précarité étudiante.

Dans la foule des manifestants, on pouvait lire sur des banderoles et pancartes: «Degryse a détruit mon avenir», «Savoir payant, avenir perdant» ou encore «1.200 euros, c’est non!».

Rassemblés devant la gare centrale, les étudiants ont prévu de se rendre en cortège jusqu’au siège du gouvernement de la FWB, situé place Surlet de Chokier, sur la Petite Ceinture. Une délégation de manifestants doit y rencontrer le chef de cabinet de Mme Degryse, la ministre-présidente étant actuellement en déplacement en Norvège avec le couple royal.

«Le mouvement grandit chaque jour, certains étudiants se livrant même à des actions spontanées, se réjouit Adam Assaoui, président de la FEF. On observe une dynamique très différente de celle qui était à l’œuvre lors de la réforme du décret Paysage, dont les enjeux étaient plus difficiles à comprendre. Ici, les étudiants n’ont pas besoin d’être convaincus: ils sont amplement conscients de la gravité de la situation

Alors que le texte doit être voté par le Parlement de la FWB en avril, la FEF espère encore son retrait, afin de garantir l’accessibilité des études supérieures au plus grand nombre. Concrètement, les étudiants pointent trois angles morts à cette réforme.

 

1. Une sous-estimation des conséquences

Pour rappel, le projet de la ministre Degryse est d’instaurer un minerval progressif, lié non plus au type d’établissement fréquenté, mais bien aux revenus du ménage de chaque étudiant. Ainsi, dès la rentrée 2026-2027, quatre catégories coexisteront (boursier, modeste, intermédiaire et «classique»), équivalentes à un coût annuel différent (respectivement 0, 384, 835 et 1.194 euros).

Si les étudiants les moins aisés bénéficieront d’un statut quo ou d’une réduction de minerval par rapport aux années précédentes, la majorité (58%) devra toutefois s’acquitter du maximum (1.194 euros). Soit une hausse d’environ 30% pour les universitaires (dont le minerval est actuellement fixé à 835 euros) et de plus de 200% (voire 300%) pour certains étudiants en haute école.

Une hausse caractérisée de «brutale» par la FEF, qui s’inquiète particulièrement pour les étudiants en situation «d’entre-deux». «Heureusement, les boursiers resteront boursiers, et les jeunes issus de familles très aisées auront toujours les moyens de s’en sortir malgré l’augmentation, débute Adam Assaoui. Mais ceux dont les parents ont déjà des fins de mois serrées subiront la réforme de plein fouet. Tout comme les étudiants indépendants de leurs parents mais qui restent inscrits sur leur fiche de ménage.Beaucoup devront payer les 1.194 euros alors qu’ils n’ont absolument aucune aide financière familiale. Le problème, c’est que la ministre Degryse fait semblant que ces étudiants n’existent pas.»

Dans un communiqué publié mi-février, la Ligue des familles pointait également une série de situations familiales mal prises en compte dans le calcul du gouvernement, comme les étudiants issus de familles recomposées ou dont les parents sont séparés.

2. Une précipitation «malsaine»

Le président de la FEF dénonce également la «précipitation malsaine» du gouvernement, qui entend appliquer la réforme dès la rentrée académique prochaine, soit dans à peine six mois. Une crainte partagée par l’ARES, qui, dans un avis rendu le 20 janvier, s’inquiétait de l’opérationnalisation complexe de la réforme. «Les délais d’entrée en vigueur du présent texte et de ses arrêtés d’exécution semblent incompatibles avec une mise en œuvre sereine, notamment en raison du début des campagnes d’admission et de la nécessité de modifier les systèmes informatiques», pointait l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur.

«L’augmentation du nombre de dossiers à traiter par la Direction des allocations d’études dans un délai plus court pourrait causer un engorgement et un retard dans les décisions», ajoutait l’ARES, globalement favorable à un report de la réforme. «Le gouvernement nous avait justement promis de renforcer le personnel de la Direction des allocations d’études à hauteur de quinze personnes supplémentaires, or, les offres d’emploi pour ce renfort ne semblent pas encore publiées», s’inquiète Adam Assaoui.

 

De son côté, le cabinet de la ministre Degryse assure avoir joué la carte de l’anticipation et de la transparence, notamment en communiquant «le plus vite possible» les seuils de revenus afférant à chacune des quatre catégories à venir. «De cette manière, on a fait preuve de clarté envers l’administration, les établissements mais aussi l’opinion publique», estime le cabinet, qui assure que la réforme est «préparée depuis des mois» avec différents acteurs de l’enseignement.

3. Une absence de négociations

Enfin, la FEF dénonce une «forme de dogmatisme» dans le chef de l’exécutif, qui semble avancer «tête baissée». «Le gouvernement fait preuve d’un discours très unilatéral, arguant que la réforme serait inéluctable et qu’aucune alternative n’existerait, regrette Adam Assaoui. Or, en matière de projet de société, faire payer les jeunes pour la dette de la FWB n’a aucun sens. On espère toujours une ouverture, notamment sur une adaptation des seuils (ou la création de seuils intermédiaires), mais la porte de négociation reste fermée.»

À l’heure d’écrire ces lignes, plus de 49.000 personnes ont signé la pétition de la FEF pour l’abandon de la réforme.

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