Les enseignants toujours fiers de leur métier, malgré les inégalités scolaires et des réformes qui passent mal – RTBF Actus

L’enquête TALIS 2024 s’est intéressée entre autres à la perception de leur métier par les enseignants de 54 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En Fédération Wallonie-Bruxelles, malgré des difficultés à exercer leur métier, notamment du fait des inégalités persistantes en classe et des charges administratives, les enseignants déclarent toujours être fiers de leur profession. Pour détailler les résultats de cette étude, Valérie Quittre, chercheuse en sciences de l’éducation à l’ULiège et coordinatrice de l’enquête TALIS 2024 pour la FWB, et Luc Toussaint, président de la CGSP enseignement, étaient invités dans Le Monde en Direct.

Selon les résultats de l’étude TALIS pour la communauté francophone, quasiment 100% des enseignants déclarent aimer la discipline qu’ils enseignent, presque autant pensent qu’ils le font avec enthousiasme, et 90% sont fiers de leur métier. Un sentiment d’ailleurs partagé dans l’ensemble des 54 pays de l’enquête.

Des résultats qui peuvent paraître contre-intuitifs, au regard des récentes manifestations des enseignants et des témoignages de colère et d’incompréhension face aux nombreuses réformes des dernières années. Pourtant, ils sont 75% à affirmer qu’ils referaient le même choix de carrière s’ils le devaient. « On pensait qu’ils seraient moins à se réengager« , confesse Valérie Quittre. « Mais cet amour pour l’enseignement reste bien présent. C’est un métier qui fait sens, les enseignants sont attachés à la transmission à la génération future, et être en classe avec leurs élèves« .

Enseigner : un stress lié à la charge administrative et aux politiques éducatives

La chercheuse identifie cependant certaines insatisfactions du corps enseignant dans l’exercice de leur métier. 40% dans le premier degré du secondaire, et la moitié des enseignants du primaire se déclarent stressés par leur travail, du fait des tâches administratives, du suivi des exigences des politiques éducatives, et du suivi de l’évolution des programmes. Des activités « à la marge du cœur du métier« , relève Valérie Quittre. Les remaniements constants des réformes et du Pacte d’excellence exigent des professeurs de sans cesse revoir leurs pratiques et leur organisation, au détriment de leur passion pour la transmission et l’éducation.

Les enseignants francophones sont parmi les plus nombreux à estimer que leur métier est dévalorisé dans la société. Seuls 5% au premier degré et 4% en primaire pensent le contraire, bien en dessous de la moyenne de l’OCDE, à 22%. « La raison principale, c’est l’image qu’ils perçoivent de leur métier dans certains médias« , estime la coordinatrice de l’enquête. Luc Toussaint, du syndicat des enseignants CGSP, explique cette image négative par des années « de campagnes d’enseignants-bashing, depuis les premières mesures d’économies il y a 30 ans. Ça reste toujours, et c’est passé dans la population« .

Des inégalités scolaires parmi les plus fortes de l’OCDE en FWB

La difficulté majeure identifiée par les professeurs, c’est « le public très hétérogène, et la difficulté à répondre aux besoins particuliers de chaque élève« , cite Valérie Quittre. Cette dernière considère que la plus forte sensibilisation aux enjeux sociaux des enseignants belges explique en partie « qu’ils décrivent leurs classes en identifiant mieux qu’ailleurs les hétérogénéités« .

Mais pour Luc Toussaint, les enseignants doivent faire face à « un véritable marché scolaire, où les élèves en difficulté sont regroupés dans certaines classes, dans certaines écoles« . Selon le classement Pisa 2022, tel que repris par la FWB : « En matière d’inégalités liées à l’origine sociale, la FWB se classe toujours parmi les systèmes éducatifs où ces inégalités sont les plus marquées, aux côtés de la Communauté flamande, de la France, de la République tchèque, de la Suisse, de la Hongrie et de la République slovaque« .

Pour le syndicaliste, « on a renvoyé la responsabilité sur les enseignants plutôt que sur le système. On leur dit que leur enseignement est mauvais est inégalitaire, et on leur dit qu’ils en sont responsables, c’est un des aspects d’un sentiment de dévalorisation« .

Malgré l’amour toujours affirmé pour ce que le métier représente, ces difficultés ne sont-elles pas en train de dégoûter les jeunes ? « Il y a beaucoup moins de jeunes qui veulent rentrer dans l’enseignement, bien trop peu par rapport aux besoins« , regrette à ce titre Luc Toussaint.

 

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