Dans le cadre de la deuxième saison de l’opération « Pourquoi », les abonnés du « Soir » ont soumis une vingtaine de questions sur des sujets sociétaux ainsi que sur l’enseignement. Voici la réponse à celle de Michel, de Walhain.
Pas de chance. Vraiment pas de chance pour notre interlocuteur. Sa question – gentiment provocatrice – était à peine arrivée à la rédaction que des syndicats de l’enseignement, les associations de parents et plus généralement toute une série de mouvements de défense de l’école, annonçaient une grande manifestation dans les rues de Bruxelles le… dimanche 25 janvier. Pour le coup, les 8.000 participants (selon les organisateurs, 6.500 selon la police) ont prouvé, comme cela a déjà été le cas par le passé, qu’ils sont capables de se bouger le week-end. Ils conviendront cependant avec nous que la formule dominicale est une exception face à la multiplication des actions durant les jours scolaires.
« Alors que les attaques contre les conditions de travail des enseignants sont violentes, nous manions la grève avec parcimonie », explique Luc Toussaint, président communautaire de la CGSP enseignement. « Mais si nous programmons nos actions en semaine, c’est dans le but de faire pression pour donner de la visibilité au mouvement. »
Certains se forment durant les congés
Quant à se former durant les congés scolaires, les week-ends, voire par extension durant les jours blancs, l’idée, pour les syndicats, est du registre de la caricature. D’abord parce que le calendrier de travail (182 jours de classe par an) est fixé par décret. Et que par décret également, « il est prévu que le personnel doit parfaire sa formation durant son temps de travail et c’est pareil dans tous les secteurs », avance Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC Enseignement. La fédération de l’enseignement catholique ne dit pas autre chose : « Prévoir toutes les formations hors périodes scolaires est impossible, au vu du nombre de formations et du nombre de profs/directions à former. De plus, dans les autres secteurs, qui accepterait de suivre ses formations professionnelles uniquement durant ses congés ? »
Quant au cabinet de la ministre Glatigny (MR), il rappelle les règles en vigueur : « La formation professionnelle continue répondant à des besoins collectifs comprend six demi-jours par année scolaire. Durant ces formations, les cours sont suspendus. Ici, il s’agit de journées pédagogiques où l’école est généralement fermée, car l’ensemble de l’équipe éducative suit la même journée de formation. La formation professionnelle continue répondant à des besoins personnalisés peut, elle, comprendre dix demi-journées par année scolaire. Ici, l’école n’est pas fermée mais les membres du personnel concernés sont absents. »
« Par contre, de très nombreux enseignants suivent des formations ou des conférences sur une base volontaire durant les soirées, les week-ends ou les vacances scolaires. » A la manœuvre ? Les fédérations de pouvoirs organisateurs, les groupes de pression tels que l’Aped (Appel pour une école démocratique) ou CGé (Changement pour l’égalité), les associations corporatistes ou des ASBL de formation comme School up. Cette dernière par exemple prévoit une dizaine de dates en 2026, toutes sold out. « La plupart du temps, elles sont prises d’assaut. Bien entendu, les enseignants ne participent pas tous, mais c’est la preuve qu’ils cherchent à parfaire leur bagage pédagogique en dehors de la formation continue obligatoire », poursuit Roland Lahaye. Et c’est sans compter le fait que de très nombreux enseignants rejoignent l‘école bien avant la rentrée.
Soulignons au passage que les jours blancs « sont des jours où les cours sont traditionnellement suspendus pour l’organisation des évaluations, leurs corrections, les délibérations et conseils de classe et les rencontres avec les parents », explique le cabinet de la ministre Glatigny. Si les élèves sont dispensés de cours, les enseignants ne sont pas en congé durant ce temps. Notons que le « pot » de jours blancs se réduit avec la mise en place du tronc commun. Il passe de 5 à 3 jours durant les quatre premières années primaires, de dix à trois jours en 5e et 6e primaires, de 18 à 12 jours dans le secondaire inférieur et de 27 à 18 jours dans le secondaire supérieur. Toujours en lien avec l’implantation du tronc commun, à partir de 2026-2027 les jours blancs devront en partie être consacrés à des activités d’orientation des écoles (visite d’entreprises, stages courts…).
Pour les syndicats, demander aux enseignants de se former sur leurs temps de repos revient à considérer qu’ils ont du temps libre à foison, que leur travail à temps plein n’en serait pas un… Et de rappeler une vieille revendication : une étude indépendante qui objective le temps de travail dans le secteur. « Les pays qui l’ont fait aboutissent à la conclusion que les enseignants respectent les normes légales de la charge de travail, il n’y a pas de raison qu’il en soit différent chez nous. Aussi, nous restons demandeurs d’une telle étude », clame Luc Toussaint.
Cet article répond à la question de Michel, de Walhain : « Pourquoi les enseignants ne manifestent-ils pas le mercredi ou le samedi, pour minimiser l’impact sur les élèves, et pourquoi ne pas prévoir les journées pédagogiques ou de formation pendant l’une des -nombreuses- semaine de vacances ? On en gagnerait des jours pour voir la matière… ».

