Calendrier scolaire désynchronisé, une pétition dénonce une « désorganisation massive » à Bruxelles : « Un agenda où il est devenu impossible de trouver des plages communes » – Sud Info – La Capitale

La conseillère communale d’Ixelles (MR) Valéria Moyersoen lance une pétition contre la désynchronisation des calendriers scolaires francophones et néerlandophones, dénonçant un impact lourd sur les familles.

La conseillère communale MR d’Ixelles, Valéria Moyersoen, a lancé une pétition contre la désynchronisation des calendriers scolaires entre l’enseignement francophone et néerlandophone. Le texte a déjà recueilli plus de 4.600 signatures. En cause : une réforme qui, selon elle, bouleverse profondément la vie quotidienne de milliers de familles et fragilise le bilinguisme, en particulier à Bruxelles et dans les Brabants.

« On creuse un fossé au niveau des communautés »

Dès l’année scolaire prochaine, les élèves francophones et néerlandophones n’auront plus aucune période de congés en commun, à l’exception des vacances de Noël. L’année suivante, même cette dernière période sera partiellement décalée, ne laissant plus qu’une semaine commune autour du Nouvel An. Une évolution qui touche directement les familles bilingues ou mixtes, mais aussi les enseignants, les entreprises et l’ensemble du tissu parascolaire.

Au total, près d’un million de personnes serait concerné par ce décalage. Selon la conseillère communale, l’impact dépasse largement la seule organisation familiale. Les clubs sportifs, les ASBL, les mouvements de jeunesse ou encore les structures de stages, qui fonctionnent souvent avec des publics issus des deux communautés, peinent désormais à coordonner leurs activités. Les entreprises, notamment à Bruxelles, en Brabant flamand et en Brabant wallon, font face à des difficultés croissantes de planification, de remplacement et d’organisation du travail.

« En acceptant de séparer ces calendriers, on creuse un fossé au niveau des communautés », déplore Valéria Moyersoen. « Tous les clubs sportifs, les écoles, les scoutismes… Tout est fait avec des enfants des deux communautés qui doivent s’organiser dans un agenda, où il est devenu impossible de trouver des plages communes ».

Problèmes au quotidien

La conseillère souligne également les conséquences sur les familles élargies, souvent sollicitées pour la garde des enfants. « Il y a aussi, par exemple, les grands-mères, qui ne peuvent plus réunir leurs petits-enfants. Pour les gardes, les grands-parents sont souvent les premiers qui gardent les enfants pendant les vacances ».

Valéria Moyersoen s’appuie aussi sur son expérience personnelle et associative. « J’ai deux enfants scolarisés dans les deux réseaux, mais je gère aussi une ASBL qui est un centre d’hippothérapie, qui s’appelle les Rênes de la Vie ». Elle évoque notamment les difficultés rencontrées pour organiser des activités pour les personnes porteuses de handicap lors des Special Olympics. « Je ne peux prendre que les enfants ordinaires du réseau francophone pour participer, parce que les néerlandophones ne sont pas en congés au bon moment pour faire les répétitions ».

Selon elle, de nombreux parents pensaient initialement à une phase transitoire. « On était sûrs que c’était une petite instabilité de passage et que, évidemment, les deux réseaux allaient s’accorder ». Mais l’évolution des calendriers a changé la perception.

Les répercussions se font également sentir sur le plan professionnel. « J’ai plein de papas qui me contactent aussi en disant : ‘Il ne s’agit pas seulement du calendrier scolaire des enfants. Professionnellement, c’est l’enfer. On ne sait plus placer une réunion’ ».

Une stratégie politique ?

En toile de fond, une dimension politique est également pointée du doigt. Une source politique évoque une concurrence accrue entre les communautés autour du financement de l’enseignement, basé sur la « clef-élève ». Dans un contexte de déclin démographique, chaque élève compte, ce qui aurait encouragé certaines stratégies de différenciation.

Un constat partagé par la conseillère communale. « Il n’y a aucune volonté politique d’harmoniser », affirme-t-elle, estimant que la réforme a été accélérée côté francophone pour rendre la situation intenable et ainsi inciter certaines familles à rapatrier leurs enfants. « C’est chose réussie, parce que c’est en effet ce qui est en train de se passer, mais au prix de la perte du bilinguisme et des profs dans les deux réseaux ».

À travers sa pétition, Valéria Moyersoen appelle à l’ouverture urgente d’un dialogue entre les Communautés afin d’aboutir à un calendrier scolaire commun. Un enjeu qu’elle estime central pour la qualité de l’enseignement, l’employabilité future des jeunes et la cohésion sociale dans un pays déjà marqué par de fortes lignes de fracture institutionnelles.

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