Dans une note, l’économiste Philippe Defeyt a chiffré le basculement démographique de la Belgique. Son solde naturel est négatif depuis 2022, et la Wallonie a ouvert la voie dès le milieu des années 2010. Derrière la baisse des naissances, ce sont des choix budgétaires, scolaires et sociaux qui vacillent.
Chez nous, le fait est établi depuis longtemps. En Belgique, il y a moins de naissances que de décès depuis 2022. Elle marque la fin d’un équilibre démographique qui, jusqu’ici, permettait d’absorber le vieillissement par une base relativement stable de nouveaux entrants.
Philippe Defeyt, économiste au sein de l’Institut du développement durable, rappelle que ce phénomène n’est pas soudain. Il s’inscrit dans une tendance longue, européenne et même mondiale. Mais la chronologie belge est sans appel. Hors années Covid, la Wallonie connaît un solde naturel négatif depuis 2015. La Flandre bascule en 2022. Bruxelles résiste encore, mais de moins en moins.
En clair : le pays rétrécit démographiquement, en dehors de l’immigration, par étapes régionales successives.
La fécondité au plus bas depuis soixante ans
Le cœur du problème tient en un indicateur : l’indice conjoncturel de fécondité. En 2023, il tombe en Belgique à son niveau le plus bas depuis 1961, autour de 1,47 enfant par femme. Très loin du seuil de remplacement des générations, fixé à 2,1.
La chute est générale, mais ses rythmes diffèrent. La Wallonie et Bruxelles enregistrent une baisse continue depuis le milieu des années 2010. La Flandre suit le même chemin, avec un léger décalage temporel.
Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit plus seulement d’un report des naissances à un âge plus tardif. Certes, les maternités se déplacent vers la trentaine. Mais le « rattrapage » observé dans les années 2000 s’est affaibli. Entre 2010 et 2023, le sommet de la courbe de fécondité s’érode. Moins d’enfants, tout simplement.
Moins de femmes en âge de procréer
Autre facteur clé : la structure de la population féminine. La part des femmes âgées de 25 à 35 ans – celles qui concentrent l’essentiel des naissances – diminue progressivement. Même à fécondité constante, le nombre de naissances baisserait.
Résultat mécanique : les naissances reculent. En Belgique, on est passé de près de 130.000 naissances au début des années 2010 à un peu plus de 110.000 aujourd’hui. Les estimations pour 2025 confirment la tendance. Le solde négatif tournerait autour des -5.000 selon l’économiste.
Pour Philippe Defeyt, le message est clair : « La combinaison de la baisse de la fécondité et de la structure par âge détermine une trajectoire durablement orientée à la baisse. »
Des politiques publiques prises de court
La force de l’analyse de Philippe Defeyt est de rappeler que la démographie n’est pas un sujet lointain. Au-delà de sérieusement affecter la population active et donc le paiement des pensions et des allocations sociales au niveau fédéral, elle agit immédiatement sur trois compétences clés des Régions et Communautés : l’accueil de la petite enfance, les allocations familiales et l’enseignement.
Chaque cohorte manquante se répercute année après année. Moins de crèches aujourd’hui, moins de classes demain, moins d’étudiants après-demain. Et, à terme, moins de cotisants.
Or, peu d’exécutifs régionaux semblent avoir intégré cette réalité dans leur planification budgétaire et immobilière. L’économiste encourage donc les autorités publiques à envisager plusieurs scénarios pour adapter leurs politiques.
Pour le moment, la Fédération Wallonie-Bruxelles est la seule à avoir demandé des variantes démographiques. Sans les rendre publiques.

